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     A Shanghai, la réputation de l’inspecteur principal Chen Cao n’est plus à faire. Ses talents de policier lui ont permis de résoudre bien des enquêtes retorses, tout en ménageant les exigences du Parti. Ses aptitudes poétiques lui apportent le soutien des lettrés et l’admiration de certains administrés. La liste de ses obligés, auxquels il a rendu service le plus souvent par intégrité ou par gentillesse, ne cesse de s’allonger. Quand un cadre de la municipalité shanghaienne est retrouvé pendu dans la chambre d’hôtel où les autorités l’ont consigné le temps de faire la lumière sur un scandale de corruption, c’est tout naturellement qu’on fait appel à l’inspecteur Chen. D’abord simple conseiller sur une enquête aux conclusions en apparence évidentes, il est rapidement jeté au cœur d’une affaire qui fait la part belle aux cyber-citoyens. Novice en la matière, l’inspecteur-poète découvre le nouvel espace d’expression que sont les blogs, encore mal contrôlés par le Parti.

      Au hasard d’un passage en librairie (il pleuvait à verse, et il était indispensable de s’abriter…), ce dernier volume de la série m’a sauté dans les mains. Aussitôt vu, aussitôt lu, car l’inspecteur Chen fait partie de mes chouchous.

     Cette huitième enquête réunit les ingrédients qui m’ont fait, depuis plusieurs années, adorer la série. L’auteur s’efforce, une fois encore avec talent, de mêler enquête policière et tableau de la Chine contemporaine. Les préoccupations d’un pays en pleine mutation tiennent une place essentielle dans chacune des intrigues. Ici, c’est l’intérêt de nombreux Chinois pour Internet qui est mis en avant (après les ravages de la pollution dans Les courants fourbes du lac Tao). Dans un pays où la liberté d’expression n’est encore qu’une abstraction, le contrôle malaisé, et souvent contourné, de la toile en fait un lieu où il est possible de dénoncer les aberrations du « socialisme à la chinoise », en particulier les abus qui ne servent que certains cadres du Parti unique. Au gré des pérégrinations de l’inspecteur Chen, l’auteur aborde aussi les évolutions architecturales de Shanghai. Charmes habituels des romans de la série, la cuisine et la poésie sont mises en avant (quelques noms d’auteurs glanés au fil de cette lecture, ainsi que le nom d’un thé encore inconnu).

     Une nouvelle fois, Qiu Xiaolong m’a fait passer un excellent moment, son œuvre dans une main, et une tasse de Puits du dragon dans l’autre.

 Cyber China, Qiu Xiaolong, 2012.

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