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     La mort de Rosamond prend Gill au dépourvu. Personne n’imaginait une disparition si subite, et encore moins que son testament mentionne Imogen, une quasi inconnue pour les membres de la famille. Gill se souvient d’une enfant, rencontrée près de vingt-cinq ans auparavant, mais elle ne sait où la trouver. En faisant un peu de rangement chez Rosamond, Gill découvre plusieurs cassettes, accompagnées d’un mot bref à son attention. Elles sont destinées à Imogen, mais Gill se décide à les écouter dans l’espoir qu’elles révèlent un indice pour retrouver la jeune femme. Mi récit, mi confession, les enregistrements éclairent, à partir d’une vingtaine de photographies choisies avec soin, soixante années de l’histoire familiale. Rosamond dévoile les grands moments de sa vie, où s’entremêlent bonheurs familiaux, brouilles et déceptions.

Dans deux récits qui se croisent, trois générations de femmes livrent leurs secrets. A la lumière du passé, que révèle Rosamond, le présent se lit différemment. L’atmosphère est intimiste, et invite le lecteur à tourner les pages sous une lumière tamisée, une tasse fumante à portée de main. Dans l’ombre de la grande histoire, joies et drames créent entre ces femmes des liens inaltérables. Les peines de l’enfance, les désillusions de l’âge adulte, les choix et les hasards tissent la trame de leurs vies. Souvent mélancolique, parfois triste, le texte laisse néanmoins une large part à l’optimisme. Les personnages principaux, Gill, Rosamond et Imogen, sont particulièrement attachants. En dépit des obstacles et des déceptions, toutes trois refusent de renoncer. Beatrix et Thea partagent la même douleur, la même difficulté à aimer. Leurs défauts et leurs erreurs les rendent plus touchantes encore.

La plume de Jonathan Coe guide à merveille le lecteur, l’émeut par la gravité du ton. Ce roman est aussi étonnant que son titre. Il se déguste avec juste ce qu’il faut de lenteur pour le faire durer aussi longtemps que possible. Et pour ceux qui souhaitent renouer avec son atmosphère, il ne reste plus qu’à se plonger dans la première nouvelle de Désaccords imparfaits, « Ivy et ses bêtises », qui met en scène certains des personnages de La pluie, avant qu’elle tombe.

La pluie, avant qu’elle tombe, Jonathan Coe, 2007.