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Le souvenir de la sympathique découverte de Jonathan Coe (avec  La vie très privée de Mr. Sim) m’a fait m’emparer de ce recueil de nouvelles quand il a croisé mon regard.

Dans une courte introduction, l’auteur s’explique sur l’origine des textes proposés. Suivent trois nouvelles et un texte largement autobiographique. Dans Ivy et ses bêtises, un frère et une sœur se remémorent leur enfance, et en particulier une soirée de Noël où l’un d’entre eux pense avoir rencontré un fantôme. 9e et 13e met en valeur la capacité des hommes à imaginer ce qui se serait produit s’ils avaient dit une chose plutôt qu’une autre. Et, comme souvent, il est question de rencontre et d’amour. Dans Version originale, le personnage principal, un compositeur bombardé membre du jury d’un festival du film d’horreurs, est confronté à un souvenir peu agréable : il doit visionner le film réalisé par une jeune femme qu’il a autrefois éconduite.

     Chacune de ces nouvelles est un véritable petit bijou. En quelques phrases, les décors et les personnages sont campés avec précision. La tension monte rapidement, et la chute survient à point nommé, comme on l’attend dans ce type de texte. La fantaisie de l’auteur, l’ironie qu’il sait si bien manier, donnent du relief à ces récits.

 Le texte qui referme le recueil est toutefois d’une autre nature. Dans ce Journal d’une obsession, l’auteur raconte à quel point le film intitulé La vie privée de Sherlock Holmes a tenu une place de choix dans sa vie. Il fait le point sur chacune des étapes de son intérêt, qui tourne vite à l’obsession, pour un film au demeurant peu réussi. Ces quelques pages en apprennent autant au lecteur sur le film  et son réalisateur, Billy Wilder, que sur l’auteur.

Les quatre textes réunis n’ont à première vue guère de point commun. Pourtant il est évident qu’au cœur de chacun d’entre eux se tient le poids du passé, des occasions manquées, voire des regrets. Au-delà du plaisir renouvelé de se laisser séduire par la plume de Jonathan Coe, chacun peut tirer la leçon qu’il souhaite de cette lecture. Pour ma part, il s’agira peut-être de redonner une chance à La vie privée de Sherlock Holmes, que je ne porte pas dans mon cœur.

 Désaccords imparfaits, Jonathan Coe, 2012 – pour l’édition française de l’ensemble des textes.

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