Ce titre me faisait de l’œil depuis bien longtemps. Et quand on m’a bombardée accompagnatrice d’une classe pour un spectacle qui en propose l’adaptation, mon sang n’a fait qu’un tour : il fallait que je lise le roman avant le jour J.

Les enfants Morlevent sont inquiets. Depuis que leur père s’est volatilisé, ils n’avaient plus que leur mère, qui vient tout juste de se suicider. Ils refusent d’être séparés, et font le serment de rester ensemble à tout prix. La juge des tutelles préfère elle aussi préserver la fratrie : elle met donc la main sur leur demi-frère et leur demi-sœur. Personne ne se bat dans un premier temps pour obtenir la garde de ces enfants de 14, 8 et 5 ans. Barthélémy mène une vie mouvementée, bien loin des préoccupations familiales. Sa sœur Josiane tombe sous le charme de la benjamine, bien mignonne, mais se passerait volontiers des aînés, surdoués mais beaucoup moins photogéniques. Tout ce petit monde apprend à mieux se connaître, entre irruption de la maladie, quiproquos conduisant tout droit chez une psychologue et règlements de compte en famille. Dans ces circonstances, les Morlevent pourront-ils respecter leur « jurement » ?

Ce roman jeunesse se dévore plus qu’il ne se lit. Le sort de cette fratrie hors du commun tient en haleine le lecteur, quel que soit son âge. De nombreux thèmes délicats sont abordés, en particulier l’homosexualité et la maladie chez les enfants. Cependant Marie-Aude Murail, comme à son habitude, parvient à maintenir un ton léger, souvent très drôle. Elle montre qu’il est possible d’aborder des sujets graves sans pour autant dramatiser. On passe sans cesse d’une émotion à un autre, d’un éclat de rire (certaines répliques sont impayables) à un serrement de cœur.

Après cette lecture jubilatoire, je m’interrogeais sur la manière de transposer le roman sur scène. Le choix a été celui de faire porter l’ensemble de l’adaptation sur les épaules d’un seul personnage, Barthélémy, qui raconte les (més)aventures de sa famille. Il est soutenu par une mise en scène ingénieuse et un important travail sur la lumière. J’ai pris beaucoup de plaisir pendant cette représentation (malgré un œil rivé sans cesse sur des adolescents maîtrisant mal l’art de se tenir au théâtre) qui conserve l’essentiel du roman et s’adapte très bien au jeune public. Quelques recherches m’ont appris que cette adaptation a reçu le Molière 2010 du spectacle jeune public. Une récompense méritée.

 Oh, boy !, Marie-Aude Murail, 2000.

Oh, boy !, mis en scène d’ Olivier Letellier, adaptation de Catherine Verlaguet , interprétée par Lionel Lingelser.