Jeune héritière pas très heureuse en mariage, Emilie Brunet semble s’être évaporée en compagnie de son amant. Etonné de ne pas la voir rentrer de son excursion en montagne, son mari signale sa disparition à la police. Le jeune agent chargé de la déposition, est rapidement persuadé de la culpabilité de Claude Brunet et emploie des méthodes peu orthodoxes pour le conduire aux aveux. Craignant le scandale, le chef de la police fait appel à un ancien enquêteur, Achille Dunot, qu’un accident a contraint à une retraite anticipée. Ravi de reprendre du service, Achille Dunot est néanmoins fort gêné par l’amnésie rétroactive, qui, chaque matin, lui fait oublier tout ce qui s’est passé depuis son accident. Il choisit donc de rédiger un journal qui lui rappelle le déroulement de l’enquête. Malgré sa passion pour l’œuvre d’Agatha Christie, et les emprunts méthodologiques faits à ses détectives fétiches, la situation se révèle plus délicate que prévue. Achille Dunot est en effet confronté à un suspect peu ordinaire, dont le caractère charmeur est conforté par une connaissance impressionnante du cerveau. Plus Brunet semble coupable, moins il devient évident de le prouver.

Lors de sa sortie, ce roman a fait couler beaucoup d’encre, souvent louangeuse. Alors qu’il reposait dans ma PAL depuis un moment déjà, j’hésitais à l’en sortir, de crainte d’être, comme souvent, déçue. Il semble que ce soit l’exception qui confirme la règle, car j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture.

Les références incessantes aux romans et nouvelles d’Agatha Christie y sont évidemment pour beaucoup. L’auteur ne se contente d’ailleurs pas de multiplier les évocations des intrigues, et d’encenser les facultés d’Hercule Poirot. Il propose aussi, grâce aux interventions de Claude Brunet, une lecture critique, qui vient pointer les faiblesses du héros comme de la construction de certaines intrigues. Cette double analyse déborde largement le simple hommage à la reine du crime. La lecture des enquêtes d’Hercule Poirot ne peut plus, ensuite, avoir la même saveur.

La construction de l’intrigue est par ailleurs déroutante. La forme du journal, qui se dédouble à partir du moment où Achille Dunot retranscrit les écrits de Brunet, ne livre qu’une partie des faits, suscite le doute. Les renvois à l’œuvre d’Agatha Christie donnent une profondeur supplémentaire au récit. Rapidement, il devient difficile de distinguer les emprunts à la fiction et l’enchaînement des faits dans l’enquête menée par le narrateur. Et le lecteur s’y perd autant qu’Achille Dunot, lui aussi pétri de certitudes qui se révèlent souvent fausses. Quant au dénouement, même si on le sent venir, il est à la fois intelligent et courageux, loin des facilités de nombreux romans policiers. Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet est assurément une réussite, apte à combler les admirateurs d’Agatha Christie.

Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet, Antoine Bello, 2010.

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