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Pour la deuxième lecture du challenge des 12 d’Ys, j’ai choisi d’honorer la catégorie « auteur espagnol contemporain ». Mon choix s’est porté sur Le roman d’Oxford en raison d’un attrait particulier pour la représentation de cette ville dans la littérature (alors qu’elle m’a beaucoup déçue, avec ses hordes de touristes débraillés, lorsque je l’ai visitée l’été dernier), sans compter que j’ai une tendresse particulière pour les intrigues sises dans le contexte universitaire.

Plusieurs années après son séjour oxonien, le narrateur espagnol (dont le nom n’est jamais cité) revient sur son expérience de professeur dans une de ces villes qui incarnent l’esprit universitaire. Ce n’est pas tant les cours qu’il a donnés pendant ces deux années, que l’atmosphère d’Oxford et les rencontres qu’il y a faites, qui l’ont marqué. Il se remémore sa liaison avec Clare Bayes, jeune professeur au caractère nettement empreint d’une enfance passée aux Indes. Il évoque avec émotion son collègue Cromer-Blake, ainsi que son mentor, Toby Rylands. Il se plaît à décrire les particularismes de la vie oxonienne, tels les diners appelés high tables ou l’omniprésence des clochards dans les rues de la cité. En éveillant ses souvenirs, le narrateur s’efforce de comprendre comment ce séjour s’est révélé perturbant pour lui, déchiré par le conflit entre sa culture latine et les habitudes de ce microcosme universitaire.

Au sortir de cette lecture domine une impression étrange. Certains aspects du roman m’ont beaucoup plu, en particulier l’exploration de l’univers oxonien, ses traditions et ses travers. Le personnage de Clare Bayes, en apparence futile et libéré, surprend finalement par sa complexité. Ses expériences passées et sa conception de la vie lui donnent une profondeur que l’on ne peut soupçonner au premier abord. L’apparition d’Alan Marriott et son chien donne un ressort nécessaire au roman, guidant l’intrigue sur un chemin de traverse, à la découverte de l’écrivain John G Awsworth.

Ponctuellement, ce roman a su titiller ma curiosité. Il n’en reste pas moins une foule de passages qui m’ont déplu ou ennuyée. L’épisode de la première high table à laquelle assiste le narrateur, celle qui lui permet de faire la connaissance de Clare, est irritant du fait de sa longueur et du prétendu ton humoristico-ironique. La trentaine de pages consacrées à ce récit pourrait décourager un lecteur dénué d’endurance ou de curiosité. Le point noir, enfin, du roman demeure, à mes yeux, le narrateur lui-même. Le ton, tantôt suffisant, tantôt d’une naïveté extravagante, qu’il emploie pour raconter son séjour outre-manche le rend antipathique. Il porte un regard égocentrique sur tout ce qui l’entoure, et même les personnages auxquels il est censé être attaché en prennent régulièrement pour leur grade. Je n’ai guère été non plus séduite par le style, et ses phrases à rallonge, truffées de parenthèses.

Il est donc peu probable que je me frotte de sitôt à une autre œuvre de l’auteur. Ce deuxième rendez-vous est donc mi-figue mi raisin, à l’image de ma visite à Oxford. Et dire que j’espérais que cette lecture efface le souvenir de la déception…

 Le roman d’Oxford, Javier Marias, 1989.