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La diffusion de la quatrième saison de la série télévisée, combinée à la sortie du dernier roman de Jean-François Parot, ont contribué à me donner envie de poursuivre la découverte des aventures de Nicolas Le Floch. Comme il est absolument hors de question de ne pas respecter la trame chronologique des romans, il m’a fallu remiser dans ma PAL L’enquête russe et en sortir le sixième épisode de la série, Le sang des farines.

Quelques mois se sont écoulés depuis l’avènement de Louis XVI. Le commissaire au Châtelet, Nicolas Le Floch, trouve ses marques à la Cour, en même temps qu’il vit une nouvelle romance et apprend le métier de père. Sous un prétexte diplomatico-familial, le sieur Le Floch est envoyé à Vienne. Le périple n’est pas sans danger, mais permet de mettre fin aux embarras rencontrés par le Secret du Roi. A peine est-il de retour à Paris que le commissaire est précipité dans un tourbillon d’ennuis. En plus de la disparition de son fils, il doit élucider les circonstances de la mort d’un boulanger en pleine période de troubles frumentaires. Les fils de l’enquête le mènent, de concert avec le fidèle inspecteur Bourdeau et l’omniprésent Sartine, au cœur d’un complot mâtiné de revanche personnelle. Comme à son habitude, le commissaire Le Floch débrouille progressivement l’écheveau pour, à la fin, triompher.

On pourrait reprocher à cette série de romans certains aspects répétitifs, tant dans la trame narrative  (qui mêle toujours mystère criminel et affaire d’Etat) que dans les réactions des personnages ou encore dans des scènes qui apparaissent comme des passages obligés. Plutôt que d’y voir une faiblesse, ces éléments me semblent être les ingrédients indispensables, presque attendus quand j’entame une nouvelle aventure du valeureux commissaire. Ils participent du plaisir de retrouver l’atmosphère spécifique à cette série. Les expériences culinaires des protagonistes principaux se déroulent certes toujours un peu de la même manière (découverte d’un plat aussi roboratif que succulent dans une gargote parisienne, ou dîner de gourmets chez M. de Noblecourt). Toutefois, ce sont des moments qui donnent une respiration au cours de l’intrigue, et surtout permettent de s’immerger plus avant dans une époque dont la cuisine reste mal connue. On peut aller jusqu’à dire que je serais déçue si je ne trouvais pas, au détour d’une enquête de Le Floch, ces petites scènes. Il en va de même pour les incursions à la Cour, qui donnent toujours lieu à quelque analyse de la vie versaillaise.

Dans cette sixième enquête, deux éléments ont plus particulièrement retenu mon attention, à savoir la description de la Vienne du XVIIIe siècle et l’effort fait pour rendre l’atmosphère suscitée par la crainte du Pacte de famine. Dans les deux cas, les détails historiques sont ingénieusement disséminés au gré de l’intrigue, de manière autant à instruire le néophyte qu’à ravir le lecteur avisé. Le portrait de Turgot renvoie à une réalité mal connue, éclipsée par une image souvent idéalisée de cet apprenti réformateur. Les maladresses de Louis XVI comme les lubies de Marie-Antoinette sont discrètement pointés du doigt.
Et, last but not least pour le lecteur inconditionnel de la série, le destin des personnages principaux connaît de savoureuses inflexions. Une fois encore, c’est avec un immense plaisir que j’ai dévoré ce roman.

Le sang des farines, Jean-François Parot, 2005.

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