Valentine Goby est un auteur dont j’ai lu beaucoup de bien sur les blogs comme dans la presse, et j’étais curieuse de découvrir son travail. Quand Mélanie m’a gentiment proposé de nourrir ma PAL en me prêtant son exemplaire de Banquises, je n’ai pas su résister.

C’est l’an 2010, le printemps est doux. Lisa s’envole pour le Groenland, laissant le soin à son mari de s’occuper des enfants. Si son voyage s’est décidé après la lecture d’une brochure touristique, il répond à un besoin plus sombre qu’un simple appétit touristique. Près de vingt-huit ans plus tôt, sa sœur, Sarah, a pris le chemin du Groenland. Elle n’en est jamais rentrée. Alors que le décès de Sarah vient d’être officiellement prononcé, Lisa cherche à faire son deuil en se lançant sur les traces de la disparue.

L’exploration du Groenland et celle des souvenirs de Lisa s’écrivent en alternance. Le récit du passé, celui de la disparition et des premiers jours qui lui succèdent, puis celui des différentes pistes suivies pendant plus d’un quart de siècle, alterne avec le récit du présent, de l’escapade groenlandaise de Lisa. A mesure que l’héroïne progresse dans son périple polaire, elle refait en mémoire le chemin du chagrin familial et de ses blessures collatérales. Plus que sa sœur, c’est finalement elle-même qu’elle semble chercher. Il lui faut comprendre pour effacer les derniers doutes, et continuer d’avancer.

Le roman s’ancre essentiellement dans cette réflexion sur les douleurs de la mémoire. Mais il est aussi une fenêtre ouverte sur un milieu méconnu. Avec Lisa, le lecteur découvre la réalité d’un monde polaire trop souvent limité à celui des illustrations des magazines. Retenue plus longtemps que prévu, en raison de l’éruption d’un volcan islandais au nom imprononçable, Lisa prend davantage la mesure du quotidien polaire, des difficultés croissantes qu’entraîne le réchauffement climatique. L’émotion est souvent présente, quand est par exemple évoqué le sort des chiens de traineau à la fin de l’hiver ou au retour des pêcheurs bredouilles. Jamais cependant le ton n’est larmoyant, ni accusateur. L’auteur se contente de brosser le tableau d’un monde soumis à des transformations qu’il ne peut contrôler. Il en va de même pour le récit du passé familial. La souffrance des différents membres de la famille est habilement présentée, jusqu’à souligner le ridicule de certaines situations. Le seul élément qui m’a semblé regrettable au cours de cette lecture est l’utilisation répétée, voire abusive, des phrases accumulatives où l’on étire à l’infini un propos par une succession de termes proches. Le recours trop fréquent à ce procédé est irritant et il finit par desservir le texte. J’espère de tout cœur ne pas retrouver ce travers stylistique lors de ma  prochaine incursion dans la bibliographie de l’auteur, à savoir L’échappée, qui se trouve d’ores et déjà dans ma PAL.

Banquises, Valentine Goby, 2011.