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D’un pas pressé, Oscar Wilde pénètre au 23, Cowley Street. Il est en retard à son rendez-vous. Mais à peine est-il entré dans la pièce où on est censé l’attendre, qu’il se fige : en lieu et place de la personne qu’il doit rencontrer se tient le cadavre d’un jeune homme. Il ressort précipitamment de l’immeuble, l’esprit troublé. Après avoir consulté son ami Robert Sherard et le docteur Arthur Conan Doyle, dont il vient de faire la connaissance, il décide d’informer la police. Las ! le corps du jeune Billy Wood a disparu. La possibilité de mener une enquête officielle s’évanouit, au grand dam de l’écrivain dandy. Il en faut néanmoins bien plus pour décourager Oscar Wilde, qui s’est pris de passion pour le détective fraîchement inventé par Doyle.

Voici un roman assez déroutant, où Oscar Wilde se prend pour Sherlock Holmes. Le double intérêt de l’auteur pour l’écrivain et le personnage de fiction crée une étrange confusion. La biographie d’Oscar Wilde est minutieusement mise en scène dans l’intrigue, où abondent les détails plus ou moins utiles sur les mésaventures de l’homme ou sur son quotidien (la description par le menu de son intérieur n’est peut-être pas indispensable, par exemple). Les références aux célèbres aphorismes abondent.  L’ambition de l’exhaustivité biographique tranche singulièrement avec le rôle d’enquêteur qui est créé pour Wilde dans le roman. Il en ressort un sentiment de déséquilibre, et l’on se demande sans cesse à qui l’on a affaire : Wilde ou Holmes ? J’avoue avoir été un tantinet déroutée, si ce n’est gênée, par ce personnage bricolé.

Je ne m’en suis pas moins laissée prendre par l’intrigue et ses multiples rebondissements, quand bien même le dénouement est perceptible une fois passés les deux premiers tiers du roman. Le rythme du récit et le ton léger rendent la lecture agréable. Les amateurs de Sherlock Holmes prendront plaisir à suivre une enquête menée selon les principes de leur consultant favori. Ils tiqueront certainement devant quelques remarques, comme celle sur le groupe de jeunes informateurs de Wilde, qui aurait inspiré Conan Doyle pour les Irréguliers de Baker Street. Quant aux admirateurs d’Oscar Wilde, ils pourront se repaître de la foule de détails biographiques, à moins qu’ils ne s’en agacent. Chaque lecteur peut passer un bon moment avec ce roman, mais je doute qu’il laisse un souvenir impérissable. Pour ma part, il est peu probable que je me lance dans la découverte des épisodes suivants de la série, à moins d’une grande envie de lecture facile en période de vaches maigres.

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, Gyles Brandreth, 2007.