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Au moment de s’inscrire à l’Université, Akira Mizubayashi choisit de se consacrer à l’apprentissage du français. Il ne se contente pas des cours dispensés, et cherche rapidement à approfondir sa découverte de la langue. Il enregistre et écoute maintes fois des émissions radiophoniques en français. Ses progrès sont rapides dans un français qu’il présente comme sa « langue paternelle ». Grâce à une bourse, il est invité à passer deux années à Montpellier. Non seulement les rencontres, tant universitaires qu’amicales – voire amoureuses -, sont nombreuses, mais ce séjour lui permet aussi d’assouvir sa soif de connaissances et de se consacrer pleinement à son travail sur Jean-Jacques Rousseau. L’expérience de ces deux années imprime un sens à sa vie d’adulte, entre Tokyo et Paris, entre deux langues, le japonais et le français.

C’est sur un coup de tête que cet ouvrage a rejoint ma PAL, tentée que je fus par la couverture comme par le propos. J’y suis entrée avec un brin d’appréhension, craignant de découvrir un texte aride. Très vite, mes doutes se sont évanouis. L’auteur raconte avec beaucoup de sensibilité son amour pour la langue française et pour l’enseignement. S’appuyant sur son expérience personnelle, dont il évoque chronologiquement toutes les étapes, il mène une réflexion sur l’appropriation qu’on peut se faire d’une langue étrangère. Bien que n’ayant jamais ménagé ses efforts, Akira Mizubayashi mesure la difficulté de faire siennes certaines expressions ou tournures propres à la langue. Il vante par ailleurs l’approche littéraire des textes, qu’il a découverte dans les cours de l’Université française (« lire un crayon à la main ») comme chez les critiques (Genette, Richard, Starobinski et consorts). J’ai apprécié retrouver, dans ses impressions, des souvenirs de telles lectures faites en classe préparatoire. Quant à sa passion pour Rousseau, elle m’a donné envie de donner une nouvelle chance à un auteur qui ne m’a jamais séduite.

« Le français est un instrument de musique pour moi » écrit l’auteur à mi-parcours de son œuvre. Cette conception de la langue étrangère est un leitmotiv du livre. Elle permet d’aborder l’apprentissage d’un œil nouveau, plus artistique. Elle renvoie au plaisir à maîtriser un instrument de musique, mais aussi aux heures de travail et parfois aux souffrances qu’il a fallu traverser pour aboutir à ce résultat. Pour aller dans ce sens, les références musicales sont nombreuses, en particulier à Mozart. Et ce pour le plus grand plaisir du lecteur.

Une langue venue d’ailleurs est, en plus  de l’histoire de l’auteur, une invitation à redécouvrir la langue française, à la regarder sous un autre jour. Cette lecture est par ailleurs, à mes yeux, un rappel à l’humilité pour la blogueuse que je suis, et qui n’a évidemment pas le talent des critiques spécialistes.

Une langue venue d’ailleurs, Akira Mizubayashi, 2011.

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