Mots-clefs

,

Courage et inconscience se confondent parfois dans les brumes de la jeunesse. C’est l’amer constat que fait Marcus Scaurus. Pour s’être piqué de prononcer un discours hostile à Néron, ce jeune patricien est contraint à l’exil. Alors qu’il s’éloigne de Rome, il cherche le soutien d’un Sénèque vieillissant, mais plus philosophe que jamais. Dans les lettres qu’ils échangent, ils font le récit de leurs vies respectives, depuis une Rome malmenée par un empereur ivre de pouvoir ou à la découverte de provinces surprenantes. L’un comme l’autre profite aussi de cet échange pour livrer ses réflexions sur le sens à donner à la vie.

Qu’il est étonnant ce roman épistolaire. J’en attendais peu, me laissant séduire par le titre en bibliothèque, me figurant trouver là une lecture facile pour me délasser en cette période de bousculade professionnelle. Il s’est révélé plaisant d’y découvrir plus qu’un lien avec les œuvres réelles de Sénèque. L’idée est certes un brin ambitieuse, mais proposer une genèse pour les Lettres à Lucilius de Sénèque n’est pas inintéressant. Les références nombreuses aux lettres véritables et le contexte historique sont assez bien mis en œuvre. Il n’est pas certain que toutes les lettres qui suivent la fin de la correspondance entre les deux principaux protagonistes soient indispensables. Le dénouement aurait sans doute gagné en profondeur si l’auteur ne s’était pas donné la peine de tenir la main de son lecteur. Il est parfois plus agréable de laisser une place à l’imagination plutôt que de livrer une histoire parfaitement ficelée. Ceux qui ne connaîtraient pas les Lettres à Lucilius auront indubitablement envie de s’y plonger au sortir de cette lecture. Quant aux autres, qui ont peut-être, comme moi, sué sang et eau jadis sur les traductions desdites Lettres, ils risquent de se précipiter sur leurs Budé et autres éditions bilingues. D’ailleurs, j’y retourne. Vale.

Quitte Rome ou meurs, Romain Sardou, 2009.

Publicités