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C’est une journée de rentrée différente des autres. Tous les enfants de Clotilde ont délaissé la maison. Elle sent bien qu’il est l’heure de faire un choix, celui de se laisser porter par sa vie de mère au foyer et profiter du temps libre pour s’adonner à sa passion pour la musique, ou bien se trouver une occupation, une vraie, un emploi par exemple. Elle retarde le moment de la décision. Et c’est sa fille cadette, Madeleine, qui lui offre la solution, en s’enfuyant de l’école. Clotilde la retrouve à force de courir et de s’époumoner, mais elle en perd la voix. Ses cordes vocales ne répondent plus. Malgré l’insistance de ses proches, elle refuse les traitements médicamenteux et préfère travailler à son rythme aux côtés de sa phoniatre. Et surtout, elle découvre qu’elle peut chanter, qui plus est avec talent. Son mutisme et sa passion nouvelle pour le chant lyrique bouleversent sa vie et ses relations familiales comme amicales.

J’étais un peu sceptique en entamant ce roman, qui a suscité des billets enthousiastes chez de nombreuses blogueuses. En effet, les romans portés au pinacle me déçoivent souvent. Après quelques pages, la méfiance s’est dissipée et je me suis plongée avec délectation dans cette lecture. Le personnage de Clotilde est séduisant, touchant, quand bien même il peut se révéler agaçant par moments. Mais quoiqu’il en soit, on suit le parcours que cette femme se trace en dépit de ce que pense son entourage. On ne peut qu’admirer le courage de donner à sa vie le sens qui lui convient. D’aucuns seraient tentés de la trouver égoïste, mais ils ne peuvent lui reprocher de délaisser son époux ou ses enfants. Clotilde s’affirme, refuse de se laisser enfermer dans le rôle que des maternités rapprochées comme le métier de son mari lui ont imposé. Autour d’elle, on voit aussi ses proches changer, prendre du recul. L’auteur s’efforce en particulier de décrire les enfants, leurs caractères respectifs, leurs états d’âme. Ils ne sont pas, pour une fois dans un roman de ce type, relégués au second rang, comme laissés dans une brume narrative. On en oublierait presque de se demander si Clotilde va retrouver sa voix,  car là n’est plus l’essentiel. L’épanouissement de chacun des personnages importe davantage. On s’imprègne avec délectation des tableaux de paysages bourguignons, de l’évocation des sensations qu’éveille la musique. Et quand le dénouement se profile, on est presque déçu d’y être arrivé si vite.

 Fugue, Anne Delaflotte Mehdevi, 2010.

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