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La Grande Guerre s’achève à peine. Tous les poilus ne sont pas encore démobilisés. Si François-Claudius Simon fait ses premiers pas au 36 quai des Orfèvres en ce printemps 1919, c’est qu’une fort mauvaise blessure lui a permis de retourner à la vie civile. Il est immédiatement jeté dans le vif du sujet : sa première enquête le mène auprès d’un cadavre au visage atrocement mutilé, rappelant celui de ces soldats surnommés les « gueules cassées ». Quand un second corps pareillement défiguré est trouvé, l’affaire prend une tournure plus sensible, qui ne manque pas de stimuler le jeune inspecteur.

Plus qu’une simple intrigue policière, c’est une plongée dans l’après Première Guerre mondiale qu’offre ici Guillaume Prévost. Le tableau qu’il brosse d’une époque souvent méconnue est aussi riche que précis. Les incertitudes d’une société durement ébranlée, les souffrances des soldats et de leurs familles, leur parcours laborieux dans les dédales administratifs, les revendications d’un syndicalisme encore mal accepté, les tiraillements entre la police criminelle et les brigades mobiles (les fameuses « brigades du Tigre », alias Georges Clemenceau), tout y est. Le talent du professeur d’histoire se mêle avec brio à ses qualités de conteur. L’intrigue est en effet construite plutôt savamment, même si certains détails exposés en début de roman sont quelque peu laissés de côté à mesure que le suspens s’accroît. Le dénouement est amené rapidement, ce qui renforce l’effet de surprise (quand bien même un lecteur attentif peut se faire une idée de l’identité du coupable auparavant). Les personnages sont bien campés, et l’on s’attache assez rapidement au héros, assez complexe pour n’être pas falot. Les personnages secondaires ne servent pas uniquement de faire-valoir et ont leurs propres mystères, que l’on s’attend à découvrir dans d’autres aventures de François-Claudius. C’est donc avec beaucoup de plaisir que je me plongerai bientôt dans le second volume paru, Le bal de l’équarrisseur (déjà dans ma PAL).

 La valse des gueules cassées, Guillaume Prévost, 2010.

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