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Aomamé et Tengo vivent à Tokyo en ce printemps 1984. Ils se sont croisés jadis, mais se sont depuis longtemps perdus de vue. Chacun de leur côté, ils sentent leur vie basculer. Aomamé a conscience que le monde qu’elle connaissait a été imperceptiblement modifié. Des uniformes modernisés, des événements cruciaux qui lui ont échappé, une lune surprenante dans le ciel. Et malgré tout, le sens général de sa vie demeure le même. Quant à Tengo, c’est une lecture, puis un choix risqué qui donnent un tour nouveau à son existence. Sans qu’ils en aient conscience, leurs expériences se répondent, s’infléchissent mutuellement, mettant à mal la patience du lecteur.

La première partie de ce qui est annoncé comme une trilogie nous absorbe immédiatement. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le lecteur est précipité dans un univers, d’abord très semblable à la réalité, puis de plus en plus étrange, voire inquiétant. Le récit se construit sur une alternance entre les points de vue des deux personnages. La satisfaction de découvrir ce qui arrive à l’un le dispute à l’impatience de connaître ce que devient l’autre. Les nerfs sont mis à rude épreuve.

Peu à peu, 1Q84, ce monde subtilement différent, se révèle. Non seulement on s’attache aux personnages, même secondaires comme Fukaéri ou la vieille dame, mais encore se surprend-on à poursuivre les réflexions qu’ils mènent. De nombreux sujets sont abordés, qui mettent en question les sociétés contemporaines. Les enjeux du monde de l’édition, les luttes intestines et les tours de passe-passe pour l’attribution des prix littéraires suscitent quelques sourires en cette période de l’année. Le sort des femmes maltraitées par leurs époux, dans une société où l’argent et l’influence politicienne exonèrent trop souvent ces bourreaux de toute sanction, provoque un malaise. L’évocation des espoirs  (utopies, diront certains) politiques des années 1970 rappelle qu’hier ils étaient nombreux à penser que tout était possible. La religion, et les dérives sectaires en particulier, se taillent la part belle, et s’insinuent progressivement dans les deux pans du récit. Il est manifeste qu’il s’agit là d’un fil conducteur de l’intrigue. La dernière page tournée, on reste sur sa faim. Beaucoup de questions restent sans réponse. Le devenir des héros importe autant que les révélations progressives faites sur les Précurseurs ou sur les Little People. Il est fort tentant de se plonger aussitôt dans le deuxième tome…

1Q84, Haruki Murakami, 2009.

Merci Mélanie pour ce prêt !

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