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Ce cocktail, le narrateur (qui porte le nom de l’auteur) s’y rend à contrecœur. Il fait toutefois une rencontre étonnante ce soir-là, celle de Mehdi Mansour. Non seulement l’homme est charmant et cultivé, mais il l’invite à se joindre au cercle de lecteurs qui se tient chez lui chaque mois. La première réunion a lieu dans les effluves de châtaignes grillant dans la cheminée. Séduit, le narrateur entre dans le cercle, se prend d’amitié pour certains de ses membres, y fait des rencontres improbables. Il raconte comment, pendant un an, ces assemblées informelles rythment sa vie et lui offrent des expériences plus ou moins réjouissantes.

Croisé sur le blog de Matilda (grâce aux bons offices de Cécile), ce titre m’avait tapé dans l’œil, et s’était retrouvé au sommet de ma LAL. Le hasard a voulu qu’il réapparaisse, quelques jours plus tard, dans une de mes librairies d’occasion favorites (Evasion 2, à Bruxelles, pour ne pas la nommer). Et, dans le Thalys qui me ramenait à Paris, je me plongeais dans ce qui est présenté comme un roman. Il est cependant manifeste que l’auteur a mis beaucoup de lui dans ce texte et il est difficile de démêler la fiction des emprunts faits à la réalité.

Le cercle de lecteurs tient évidemment une place centrale. Il donne son rythme à l’ouvrage ainsi que le prétexte à l’évocation de rencontres ou de voyages faits par le narrateur. Ses membres sont d’abord présentés succinctement, parfois un peu abruptement. Puis, à mesure qu’il apprend à les connaître, l’avis du narrateur se nuance, se transforme. Les positions prises par chacun lors des discussions à bâtons rompus du cercle, de même que les révélations personnelles qu’ils font peu à peu, permettent de dresser leurs portraits. Cette approche des personnages montre à quel point les lectures de chacun révèlent la personnalité, à la manière d’un « dis moi ce que tu lis, et je te dirai qui tu es ». Il est remarquable d’ailleurs que les propos tenus par les membres du cercle soient souvent relevés, ne se contentant pas d’un « j’aime / j’aime pas ». Chacun argumente, multiplie les références littéraires, voire philosophiques. On se prend à rêver d’avoir l’occasion de prendre part à pareille discussion.

Les autres récits du narrateur ne s’éloignent jamais beaucoup de la sphère littéraire. D’une rencontre fortuite à la terrasse d’un café, à un dîner organisé après une conférence donnée à Lyon, la lecture (et, de temps à autres, l’écriture) tient le haut du pavé dans la discussion. Elle laisse néanmoins régulièrement un peu de place à la gastronomie. Si on lit beaucoup dans ce roman, on y mange souvent, et des plats savoureux. L’auteur s’est d’ailleurs donné la peine de rédiger, en fin d’ouvrage, une liste des livres évoqués et des mets dégustés au fil des pages.

Le plaisir est ainsi érigé en valeur essentielle de la vie, plaisir intellectuel de la lecture, plaisir des sens avec la bonne chère et le bon vin, plaisir de partager ses connaissances, ses avis et de bons plats. C’est une culture généreuse, sans chichis, qui est présentée ici. Comme on est loin des batailles hypocrites des prix littéraires, des mondanités forcées où chacun s’efforce d’épater la galerie. Et, en période de rentrée littéraire, cette simplicité, cette humilité n’en sont que plus agréables.

Un cercle de lecteurs autour d’une poêlée de châtaignes, Jean-Pierre Otte, 2011.

Une première lecture – réussie – pour le challenge « Le nez dans les livres » organisé par George.

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