A soixante dix ans, Suzanne meurt brutalement d’une hémorragie cérébrale. Elle laisse un vide immense. Pour son mari, Franck. Et pour ses filles, Marie et Gabrielle. De son vivant, Suzanne était toutefois une personne effacée, discrète à l’extrême. Cherchant à surmonter son chagrin, Gabrielle lui rend hommage en se remémorant la vie de sa mère. Elle retrace l’existence d’une enfant, puis d’une femme placée sous un étouffoir. Aux côtés d’une mère rien moins qu’aimante, puis d’un époux égoïste et tyrannique. Suzanne était de ces êtres qui subissent les caprices des autres sans broncher, qui s’efforcent à tout prix de leur plaire quelles que soient les remarques.

Si l’intrigue en soi peut paraître un peu fade, Un jardin sur le ventre est de ces romans qui entraîne le lecteur dans un torrent d’émotions. Le récit des malheurs et des joies de Suzanne ne peut laisser indifférent. On plaint cette femme qui fut brimée toute sa vie. On s’insurge de la froideur de Bertrande, qui n’a de mère que le nom, de l’aveuglement et de la bêtise de Franck, qui méprise et malmène celle qu’il maintient dans l’ombre du foyer. Et puis on se réjouit des moments de bonheur volés, dans les rues de Paris auprès de ses filles, dans son jardin méridional. C’est une de ces lectures qui se fait avant tout avec le cœur, ne laissant le temps de la méditation qu’une fois la dernière page tournée. Le style simple et fluide, l’emploi de la deuxième personne dans une grande partie du récit rendent la lecture aisée. On se sent happé par le roman, et on ne reprend son souffle qu’à la fin, un tantinet déçu qu’elle soit arrivée si vite, et soulagé que les souffrances du personnage principal prennent fin.

Tous mes remerciements à Babelio et aux éditions Hugo et Compagnie qui ont permis cet agréable moment de lecture.

Un jardin sur le ventre, Fabienne Berthaud, 2010.

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