Tom croque la vie à pleines dents. Il aime plier de jolis avions en papier et courir sur le terrain vague. Jamais pourtant il n’a connu sa mère ni la lumière du jour. Sa bonne humeur, il la doit à son père, le boucher à la carrure de colosse, Juan. Et quand un rapprochement s’effectue entre Juan et Dolorès, l’institutrice de Tom, l’enfant se délecte à chaque instant de ce bonheur  tout neuf. Mais il n’a pas appris encore que, dans une dictature, le bonheur est toujours plus fragile qu’ailleurs.

Ce très court roman concentre une multitude d’émotions et de réflexions. L’auteur joue avec doigté d’un ton léger qui masque autant qu’il révèle les ignominies des régimes dictatoriaux. Son récit met en scène des personnages capables de profiter des plaisirs du quotidien, sans oublier de protester contre la privation de libertés. La dictature n’empêche pas de vivre heureux, encore faut-il savoir taire ses opinions personnelles. Gaetano Bolán décrit admirablement les scènes de la vie quotidienne, en glissant ici et là une touche de fantaisie, un peu d’humour ou d’optimisme. Et ce faisant, il rend aussi à merveille l’impression d’oppression propre à toute tyrannie, dénonce les lâchetés des délateurs autant que l’hypocrisie d’un régime qui fait disparaître en catimini ses détracteurs. Ce périlleux exercice d’équilibre parvient à sensibiliser le lecteur, à le pousser à s’interroger sur la dictature chilienne, sans le faire fuir en l’assommant d’impétueux discours politiques. Un petit bijou à mettre entre toutes les mains.

La Boucherie des amants, Gaetano Bolán, 2004.

Une très belle lecture commune faite avec A propos de livres, dans le cadre du Swap à Deux PAL.

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