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Dans un quartier de la banlieue de Tokyo, les habitants se croisent chez les commerçants sans toujours bien se connaître. Hommes et femmes, d’âges et de conditions variés, ils ne prêtent guère attention aux autres, sans tout à fait s’ignorer. L’un après l’autre, ils prennent la parole et révèlent une part de leur vie, un échantillon de leurs sentiments. D’un récit à l’autre, les même lieux se retrouvent, mais aussi les mêmes personnes. Les protagonistes de ces tranches de vie observent des faits identiques avec des points de vue différents.

Dans ce texte, aucune intrigue véritable ne vient guider la lecture. On rebondit d’un récit à l’autre au gré des personnages qui sillonnent leur quartier. Une professeure d’anglais, séduite par l’atmosphère du quartier, cherche à mieux comprendre ses habitants. Une femme au foyer, dépitée par la vie banale qui est la sienne, trouve – étrangement – le réconfort auprès de sa belle-mère. Une jeune femme se console en se consacrant à la photographie. Le poissonnier du quartier, si avenant avec ses clients, porte silencieusement le fardeau de son passé. Un adolescent qui s’entête à appeler son père par son prénom joue les fées du logis. Quelles que soient leurs différences, ces personnages ont en commun une même solitude que rien ne semble pouvoir combler. Les chagrins, les déceptions et les désillusions jalonnent leurs destins. Les petites joies s’insinuent toutefois, de loin en loin, dans ces existences qu’elles illuminent alors. D’une histoire à l’autre, le lecteur se laisse guider par un style d’une légèreté et d’une finesse admirables. Il entre dans l’intimité des foyers, découvre les habitudes du quotidien, s’étonne des subtilités d’une langue que même ses locuteurs n’en finissent pas d’apprendre. Il se love dans une atmosphère délicatement reconstruite par l’auteur, sans mesurer le temps qui passe.

Le temps qui va, le temps qui vient, Hiromi Kawakami, 2008.

Une très belle dixième étape dans le Challenge In the Mood for Japan.

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