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Dans ce court recueil sont rassemblés deux récits, qui ont valu à l’auteur le prix Naoki en 1968.

Le premier récit, qui donne son nom au recueil, met en scène un frère et une sœur, que les bombardements d’août 1945 ont privé de leur mère. Accueillis par une parente éloignée, ils sont peu à peu rejetés et n’ont plus d’autre choix que de se débrouiller seuls pour survivre. Seita cherche par tous les moyens à préserver sa petite sœur Setsuko de la misère et de la faim. En dépit de ses efforts, la petite décline, et lui-même s’affaiblit progressivement. Le texte est court, mais terriblement poignant. Il concentre des sentiments très forts, de la peur qui s’empare des civils japonais lors des bombardements, au désarroi de voir ces enfants livrés à eux-mêmes, en passant par l’indignation face à l’attitude de la tante. Le portrait que dresse l’auteur d’une société nippone désorganisée par les frappes américaines est désarmant. La violence des dernières semaines et le choc de la défaite sont décrits avec beaucoup de réalisme, alors qu’émane de certains passages une poésie étonnante. La confrontation des registres et des thèmes abordés fait de ce court récit un petit bijou. Le tombeau des lucioles est le titre de son adaptation, sous la forme d’un film d’animation qui retranscrit parfaitement l’émotion intense du texte.

Vient ensuite « Les Algues d’Amérique ». La guerre est achevée, et le Japon se reconstruit. D’aucuns, comme le personnage principal, se souviennent cependant de cette époque trouble. Les souvenirs de Toshio se réveillent quand son épouse lui annonce qu’ils vont accueillir un couple de touristes américains dont elle a fait la connaissance à Hawaï. Il se rappelle avec précision l’arrivée des soldats américains, de leurs distributions de chewing-gums, de l’incertitude qui régnait alors et de la faim qui tenaillait une population laissée hagarde par l’annonce de la défaite. C’est pourquoi il ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée des Higgins. Pourtant il se laisse prendre au jeu de l’hôte et se met en quatre pour satisfaire ses invités. Le ton de ce récit est beaucoup plus ironique. Le regard désabusé de Toshio sur le passé du pays et sur sa relation faussée avec les Américains fait à la fois sourire et grincer des dents. Le dénouement, qui n’en est pas tout à fait un, survient brusquement, même s’il peut paraître évident au lecteur.

Une neuvième étape dans le challenge In the mood for Japan, qui s’est révélée aussi agréable que troublante.

La tombe des lucioles, Akiyuki Nosaka, 1967-1968.

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