Etre au mauvais endroit au mauvais moment. Une situation qui n’arrive pas qu’aux autres, comme Brodeck en fait l’expérience. Pour une histoire de rhume et de beurre, le voici contraint, par les hommes de son village, à rapporter un événement dramatique ainsi que les circonstances qui y ont conduit. S’attelant à cette tâche peu réjouissante, Brodeck s’efforce en parallèle de donner ses impressions sur les mois qui ont précédé l’événement, de chercher à comprendre ce qui a poussé ses concitoyens à commettre l’irréparable. C’est l’occasion aussi de dresser un bilan de sa vie, et peut-être de lui donner un sens nouveau.

A propos de ce roman, des chroniques dithyrambiques ont été écrites. Je m’attendais donc à découvrir un chef d’œuvre. J’ai finalement lu un roman de qualité, mais qui n’est pas parvenu à m’enthousiasmer pleinement. Le travail mené sur l’Autre, sur la méfiance qu’il peut engendrer et les dérapages qui en découlent, éveille l’intérêt. Philippe Claudel décrit avec talent la bêtise et la violence dont sont capables les êtres humains. Il préfère souvent l’évocation à la description, l’implicite à l’évident. Le narrateur fait preuve d’une retenue qui accroît l’oppression régnant dans ce roman. On sort mal à l’aise de cette lecture, d’autant plus qu’en omettant de mentionner lieux et dates son propos a une portée générale.

Au cours de la lecture, cependant, j’ai été gênée par une impression de confusion. Le récit non linéaire, où les retours en arrière ne sont pas forcément chronologiques, nuit à la cohérence du texte, sans malgré tout le rendre incompréhensible. Et surtout la période historique choisie est difficilement identifiable, mêlant des aspects manifestement empruntés à la Seconde Guerre mondiale à des circonstances qui rappelleraient davantage la fin du XIXe siècle. Le cadre paraît de ce fait bancal. Certains suspens sont peut-être aussi maladroitement ménagés : les révélations concernant l’épouse de Brodeck ou sa fille ne sont livrées qu’en fin de roman, mais étaient évidentes pour tout lecteur doté d’un brin de bon sens. Voici donc, à mes yeux, un ouvrage de qualité, en raison du style de l’auteur et de son propos, mais pour lequel je ne me relèverais pas la nuit.

Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel, 2007.

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