Perché sur les falaises du Suffolk, le collège de théologie de Saint Anselm fait figure d’établissement élitiste. Il n’accueille qu’une poignée d’étudiants, parmi lesquels Ronald Treeves, fils d’un industriel influent. Le jeune homme meurt dans des circonstances troubles, et son père demande au New Scotland Yard de s’assurer que le verdict de « mort accidentelle » est bel et bien plausible. C’est le commandant Adam Dalgliesh qui hérite du dossier, mais à titre non officiel. Il a été choisi pour ses liens avec le collège. Fils de pasteur, il a en effet passé plusieurs étés à Saint Anselm. La situation se fait plus délicate quand Dalgliesh prend conscience que les jours du collège sont comptés et surtout quand le principal partisan de sa fermeture, l’archidiacre Crampton est assassiné. L’atmosphère pesante des lieux, le caractère taiseux des étudiants et les enjeux de l’affaire rendent malaisée l’enquête.

Cette lecture était l’occasion de découvrir P.D. James, auteur dont j’avais entendu et lu beaucoup de bien. Loin d’être désagréable, elle ne fut pas non plus une véritable révélation, ni un coup de cœur. L’atmosphère so british du roman est sans conteste une de ses qualités principales, de même que le déroulement de l’intrigue dans un quasi huis clos. Les personnages principaux sont construits avec suffisamment de profondeur pour être intéressants, en particulier ceux d’Adam Dalgliesh et des pères Martin et Sebastian. Les autres protagonistes de l’histoire sont trop nombreux, ou trop secondaires, pour que l’auteur ait pu les rendre véritablement sympathiques. Leur introduction est par ailleurs souvent artificielle, cumulant un trop grand nombre de détails visant sans doute à les rendre plus réalistes. On peut aussi regretter que le lecteur ne dispose que tardivement de certaines informations, dissimulées par une astuce peu subtile, qui consiste à laisser longtemps de côté le personnage essentiel dans la résolution de l’intrigue. On ne peut imaginer, en constatant sa mise à l’écart – non clairement définie par l’enquêteur – des pistes proposées, voire de l’histoire, qu’il est celui sur qui tout repose.

L’univers clérical, ainsi que et les enjeux de l’avenir de l’Eglise anglicane, ont été étudiés avec soin par l’auteur. Les tensions liées aux évolutions de la société britannique, les réflexions qu’elles entraînent sont bien amenées et donnent de l’épaisseur à l’intrigue. En revanche, il est dommage que la traduction use du mot « curé » pour nommer les prêtres dont il est question dans le roman, car ce terme est en principe réservé à la religion catholique, et non à l’anglicanisme où les prêtres sont nommés pasteurs. Ce n’est certes qu’un détail, mais qui nuit à la cohérence du propos. On peut de la même manière déplorer le titre français, plus caricatural – et partiellement faux, comme on s’en aperçoit une fois le roman lu – que la version originale, Death in Holy Orders.

Merci à Blog o Book et aux éditions du Livre de Poche qui ont permis cette lecture.

Meurtres en soutane, P.D. James, 2001.

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