Quatre meurtres de femmes. Toutes ont été frappées avec violence et portent, autour du cou, un ruban de couleur. La police ne manque pas de faire le lien entre ces crimes, et c’est l’inspecteur Robert Miller qui est choisi pour traquer celui que l’on nomme désormais le Tueur au ruban. Des incohérences apparaissent dans les dossiers des victimes comme dans l’enquête : des identités et des adresses qui ne correspondent à rien de tangible, des requêtes et des recherches qui aboutissent à des impasses. Et ce jusqu’à ce que John Robey surgisse dans le champ d’investigation de Miller. Alors se dessinent d’autres pistes, où se mêlent interventions de la CIA, affaires de drogue au Nicaragua et secrets d’Etat bien gardés. Quand bien même il devine qu’il met les pieds dans de sombres histoires, Miller ne se décourage pas et cherche à tout prix à faire la lumière sur l’affaire qu’on lui a confiée.

Une fois encore l’auteur bâtit une intrigue aux rebondissements multiples, aux personnages plus intéressants qu’attachants. On se laisse rapidement prendre au jeu et on tourne les pages les unes après les autres, avide de découvrir le fin mot de l’histoire. La curiosité n’empêche nullement de goûter un style, quoique plus neutre et descriptif que dans Seul le silence, toujours agréable, en rien amoindri par la traduction. Les ingrédients d’un bon thriller sont réunis, cela ne fait aucun doute.

Ce qui m’a chiffonnée néanmoins, comme ce fut déjà le cas avec Vendetta, c’est l’aspect didactique du roman. Donner la parole à celui qui se fait appeler John Robey, dans des chapitres dédiés, n’est pas une mauvaise idée. Mais ces passages donnent bien trop l’impression que l’auteur construit un réquisitoire contre la CIA. Que son propos soit critique est un atout du roman. Toutefois cela manque de subtilité, quelles que soient les précautions prises pour inclure ces aspects explicatifs au cœur de l’intrigue. Cet excès d’explication alourdit et allonge inutilement le roman. Détailler à ce point les motivations de John Robey est loin d’être indispensable. Cela donne l’impression au lecteur qu’on le prend pour un ignare, un naïf. Le même travers, à propos de la mafia cette fois, m’avait déjà gênée dans ma lecture de Vendetta. Et si Seul le silence reste une pépite dans le genre à mes yeux, il est évident que les deux derniers romans traduits de R.J Ellory m’ont déçue. Je préfère que l’auteur se penche davantage sur le style et la psychologie de ses personnages plutôt qu’il ne se consacre à l’éducation de son lecteur. Espérons que ses œuvres prochaines me combleront davantage.

Les anonymes, R.J. Ellory, 2010.

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