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Quel lien peut-il y avoir entre l’agression d’un chauffeur de taxi par deux adolescentes et le décès, apparemment accidentel, d’un informaticien devant un distributeur de billets ? Voilà ce qui tarabuste l’inspecteur Kurt Wallander. L’enquête se complique quand une des filles est retrouvée carbonisée dans un transformateur électrique, dont une des pièces est placée dans le tiroir de la morgue où reposait le corps de l’informaticien. De découvertes en fausses pistes, laissant l’exploration des méandres informatiques à un jeune hacker pour interroger sans relâche acteurs et témoins, le limier d’Ystad prend vite conscience qu’il est aux prises avec une affaire aussi considérable que sensible. Mais il en faut davantage pour le décourager ou l’arrêter.

Une intrigue bien noire, une réflexion qui dépasse le seul domaine criminel et des personnages souvent torturés : des éléments indispensables pour passer un bon moment de lecture. Dans ce roman, on ne trouve point de héros infaillibles, mais des hommes et des femmes qui tirent parti des faiblesses des autres autant que de leurs qualités pour avancer. Les enquêteurs ne sont pas monolithiques, uniquement obnubilés par leur métier. Ils ont des familles, des états d’âme et des doutes. Et c’est leur humanité qui les rend plus attachants. L’enquête piétine, tourne en rond, mais ne parvient pas à lasser le lecteur. Péripéties et rebondissements sont amenés avec intelligence. On avance pas à pas avec le héros, et souvent on saisit en même temps que lui le nouvel élément qui fait progresser vers le dénouement. Le style, sans être très original, est loin d’être désagréable. Pas de dialogue creux ni de description inutile pour ralentir l’intrigue. Chaque page participe vraiment de la résolution de l’affaire. D’aucuns trouveront sans doute le rythme un peu lent ou critiqueront le peu de scènes d’action. Qu’ils passent leur chemin.

Au-delà de l’enquête et d’un portrait suggéré de la société suédoise, la réflexion sur le rôle des organismes internationaux dans le domaine des finances, sur l’imbrication des réseaux économiques et financiers soulève bien des questions. La motivation des antagonistes de Wallander est ambivalente, et il semble que Henning Mankell invite son héros autant que son lecteur à s’interroger à ce sujet. Si les moyens employés sont contestables, les fondements de l’entreprise sont finalement justes. Le héros triomphe en résolvant son enquête, mais il est incapable de soigner tous les maux du monde, et il en est conscient. Voilà qui fait aussi le charme de ce roman.

La muraille invisible, Henning Mankell, 1998.

Reçu dans le cadre du swap Frissons en noir et blanc, organisé par Canel.

Cette lecture est l’étape suédoise du challenge Défi scandinave en noir et blanc organisé par Prune.

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