La lecture de La vérité sur Gustavo Roderer a suscité l’envie de découvrir plus avant la bibliographie de l’auteur. Mon intérêt s’est porté sur Mathématique du crime, où j’ai eu le plaisir de retrouver le même narrateur. Après avoir fait l’expérience de la guerre, ce jeune homme, dont le nom n’est jamais mentionné, décide de répondre à l’invitation qui lui est faite de poursuivre ses études à Oxford. Et c’est par son arrivée dans cette ville universitaire que débute Mathématique du crime. Le jeune Argentin prend ses quartiers chez la veuve d’un professeur de mathématiques. Très vite il prend ses marques à l’université comme dans Oxford. Le semblant de routine qui s’installe est brusquement rompu par l’assassinat de sa logeuse. Il se trouve mêlé, nolens, volens, à la résolution de l’affaire et, ce faisant, fait plus ample connaissance avec l’éminent Arthur Seldom. Quand s’enchaînent les meurtres et que se dessine le portrait d’un tueur en série féru de mathématiques, les deux hommes associent leurs efforts à ceux de la police.

Malgré la sympathie qu’éveillent, chez le lecteur, les personnages, il règne dans ce roman une froideur toute scientifique. Les événements s’enchaînent avec logique, et même le dénouement, qui prend un peu de court, paraît finalement couler de source. L’ambiance compassée de la studieuse Oxford aussi bien que l’érudition dont font preuve Seldom et son jeune apprenti, ou les références à la magie, donnent un ton original à une intrigue policière de forme assez classique. On entre dans ce roman comme on se laisserait aller dans un fauteuil confortable, et il est difficile de le quitter avant d’avoir tourné la dernière page. Pas de précipitation, ni de scènes d’action. Le récit est mené posément, à la manière d’une démonstration mathématique. Il laisse ainsi le temps de s’attarder sur les personnages, sur la société, et sur la condition humaine. On croise, dans cette histoire, plusieurs figures qui poussent à la réflexion : un père que la maladie de sa fille conduit à explorer la philosophie et bien d’autres voies, des mathématiciens prêts à tout pour figurer au panthéon des génies.

De ce roman très riche a été tiré un film, Crimes à Oxford. Ne l’ayant pas visionné, je m’interroge sur sa capacité à rendre la complexité du propos de l’auteur, qui ne s’en tient pas à une simple enquête. La déception est à craindre. En revanche, c’est avec plaisir que je prolongerai ma découverte des écrits de Guillermo Martinez.

Mathématique du crime, Guillermo Martinez, 2003.

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