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Runolfur est assassiné, la gorge tranchée d’une entaille qualifiée, par le médecin légiste, de douce, presque féminine. Le jeune homme semblait pourtant mener une vie sans histoire, entre son emploi auprès d’une compagnie de téléphonie et son intérêt pour le cinéma, où il appréciait particulièrement les super héros. Quelques détails, cependant, attirent l’attention des enquêteurs : la présence de Rohypnol, dans sa poche et dans sa bouche, ainsi qu’un châle aux senteurs de tandoori retrouvé sous le lit de la victime. Erlendur s’étant absenté quelques jours, c’est Elinborg qui se charge de l’enquête. Du village natif de Runolfur à l’appartement couvert de papier aluminium d’une vieille dame, en passant par le domicile d’un professeur  trop accommodant pour n’avoir rien à se reprocher, l’enquêtrice, grande amatrice de cuisine, s’efforce de faire la lumière dans cette affaire trouble.

Une fois encore Arnaldur Indridason propose une enquête où la simplicité des motivations criminelles le dispute à la complexité du chemin parcouru pour aboutir à sa résolution. Les fausses pistes, les non-dits, les espoirs déçus jalonnent une intrigue finement construite, où le lecteur comprend, presque au même moment que le personnage central, les tenants et les aboutissants de l’affaire. La psychologie, la patience et le dialogue guident Elinborg vers un dénouement, comme à l’habitude imparfait et bien loin du happy end. L’intrigue a pour toile de fond une réflexion sur la société islandaise,  en particulier le développement des violences sexuelles et l’opposition entre des campagnes reculées, où les étrangers sont traités avec méfiance et les secrets locaux bien gardés, et la modernité croissante de la capitale, où l’anonymat urbain protège ceux qui le souhaitent. Même si certains thèmes sociaux semblent chers à l’auteur, chaque roman apporte un regard nouveau sur une Islande finalement méconnue. En dehors de l’intrigue policière bien ficelée, l’intérêt de ce roman réside dans le rôle central donné à Elinborg. Le lecteur découvre davantage l’adjointe du bourru Erlendur, tant dans son approche du métier d’inspecteur que dans sa vie privée, bien moins lisse qu’elle ne pouvait le paraître. On apprécie également la plume d’Arnaldur Indridason, qui sait susciter l’émotion sans jamais user d’artifices clinquants destinés à impressionner le lecteur. Il règne, dans ses romans, une mélancolie qui n’est pas propre à Erlendur, mais semble imprégner chacun de ses personnages.

Que le temps va paraître long avant la sortie du prochain opus, à même, espérons-le, de nous rassurer sur le sort d’Erlendur,  évaporé dans les fjords de l’Est.

La rivière noire, Arnaldur Indridason, 2008.

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