Monsieur B. enseigne l’anglais aux lycéens d’une petite ville de province. A son arrivée dans l’établissement, le proviseur lui a attribué la salle G 229. Une vingtaine d’années plus tard, il est toujours fidèle au poste dans cette salle, devenue la sienne. Une forme de bilan s’ébauche. Il est évidemment question du métier d’enseignant, de ces adolescents qui lui servent d’élèves, mais aussi de sa vie d’homme, de ses expériences personnelles, familiales, de ses rêves de jeunesse.

C’est un texte plein de sensibilité que livre ici Jean-Philippe Blondel, bien loin de ceux que l’on peut habituellement lire sur le métier d’enseignant. En dépit des désillusions, des moments d’abattement ou de colère, c’est un message optimiste qui transparaît ici. Ni les élèves ni les professeurs ne sont parfaits, mais il n’est pas question, ici, de ces élèves indisciplinés, parfois jusqu’à la violence, dont traite la plupart des ouvrages du genre. L’auteur parvient à exprimer l’humanité du métier de professeur. Il est soucieux des progrès de ses élèves, de l’intérêt qu’ils portent aux cours qu’il leur prépare, mais, dans certaines situations, il reconnaît que le manque d’enthousiasme, ou tout simplement de temps, lui fait reprendre d’une année sur l’autre une même séance. Il se le reproche parfois, tout comme son manque d’entrain à organiser des voyages à l’étranger. Ces petites failles, qui ne l’empêchent pas de faire son travail avec sérieux ou de s’intéresser aux personnes que sont ses élèves, révèlent à la fois les difficultés de l’enseignement et ses petits plaisirs, ses instants privilégiés qui font qu’on y retourne jour après jour.

Ma lecture fut cependant doublement biaisée, et ma perception du texte s’en est vraisemblablement trouvée affectée. Le lycée, la ville de province dont il est question dans ce livre sont loin de m’être inconnus – ils se trouvent dans la région où j’ai grandi. Toutes les mentions de lieux, les semblants de descriptions qui apparaissent de-ci delà ont pris une dimension différente : il m’était possible de les visualiser, de sentir pleinement l’atmosphère qui s’en dégage. Quant au métier d’enseignant, c’est aussi le mien, quoique dans une autre discipline. J’ai donc apprécié de retrouver certaines impressions, face aux élèves, en compagnie des collègues, mais aussi de constater que les expériences sont différentes en fonction des lieux où l’on enseigne.

Au-delà de ces affinités qui m’ont rendu ce livre très agréable, il est un élément que chaque lecteur, quel qu’il soit, peut goûter avec plaisir, à savoir l’écriture de Jean-Philippe Blondel, toute en retenue, simple et apaisante.

G 229, Jean-Philippe Blondel, 2011.

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