Elles sont trois, les sœurs Dashwood : Clara, calme et studieuse ; Lisa, passionnée et soucieuse de son apparence ; Aurélie, un peu garçon manqué et malgré tout très sensible. Elles vivent avec leur mère à Holly House, la maison familiale de Brighton, que leur père leur a laissée quand il a refait sa vie avec une femme plus jeune. Toutes quatre se remettent à peine du divorce quand Max Dashwood meurt subitement, laissant Holly House à sa nouvelle épouse et jetant de facto ses filles et leur mère à la rue. Celles-ci n’ont alors d’autre solution que de s’installer dans un cottage à Norfolk, et de s’y construire une nouvelle vie, loin des plaisirs de la ville. Chacune s’emploie à cette tâche périlleuse, que viennent compliquer des péripéties amoureuses.

S’inspirant de Raison et sentiments, à laquelle elle intègre des préoccupations propres au XXIe siècle, Rosie Rushton propose aux adolescentes une entrée en matière dans l’univers de Jane Austen. Et il est étonnant de constater combien la trame d’un roman du XIXe siècle s’ancre aisément dans une époque fort différente. Les inquiétudes amoureuses des jeunes filles changent finalement peu, quand bien même les codes sociaux ont beaucoup évolué. Les difficultés des mères de famille livrées à elles-mêmes demeurent aussi épineuses. Et c’est là que l’on reconnaît une œuvre classique : elle résiste au temps qui passe. Si la langue ou le style peuvent paraître datés, le propos semble intemporel et est à même de toucher le lecteur de quelque époque que ce soit. Tel est l’enseignement qui ressort de cette lecture de prime abord peu palpitante. Les sœurs Dashwood est un petit roman jeunesse, au style assez quelconque, qui se lit rapidement. Mais il présente un double intérêt, à savoir guider de jeunes lecteurs vers la découverte de Jane Austen, ou rasséréner les plus âgés qui se sont frottés à la romancière britannique et prennent plaisir à la voir ainsi mise à l’honneur. Raison et sentiments est un des rares romans de Jane Austen que je sois parvenue à lire en entier, et j’ai trouvé agréable d’en retrouver plus que des traces dans cette lecture. Matilda, en m’offrant Les sœurs Dashwood, lors d’un épisode mémorable des « livres sont faits pour voyager« , a permis le début de ma réconciliation avec Jane Austen. Qu’elle en soit remerciée !

Les sœurs Dashwood, Rosie Rushton, 2005.

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