La Reine n’a guère le temps, ni même le goût, de lire. Elle se trouve prise au dépourvu lorsque, montée dans le bibliobus pour s’excuser du bruit causé par ses chiens, elle en ressort un livre à la main. Autant par devoir que par curiosité, elle lit ce premier ouvrage. Puis, conseillée par Norman Seakins, un employé de cuisine, la souveraine prolonge l’expérience et commence à y prendre plaisir. Sa famille mais aussi ses valets de chambre et le personnel politique qui l’entoure (à commencer par le Premier Ministre), d’abord intrigués par cette activité nouvelle, ne tardent pas à s’en agacer. En devenant une passion, la lecture vient déranger le protocole comme les habitudes de la maison Windsor, mais plus encore transforme profondément la souveraine.

Dans ce très court roman, Alan Bennett fait preuve d’une imagination débordante en faisant de la Reine d’Angleterre une lectrice assidue. D’une situation fort éloignée de la réalité, il fait un récit très vraisemblable. Les symptômes d’une addiction grandissante à la lecture sont fort bien décrits. D’un besoin croissant de se plonger dans son livre, de la volonté de s’approcher des auteurs, du va-et-vient entre contemporains et classiques, on passe très vite à l’envie de mettre par écrit ses impressions, à une lecture le crayon à la main, et même au projet d’écrire à son tour. Le choix de la Reine comme personnage central du récit n’est pas essentiel car ce n’est finalement qu’un prétexte à une réflexion sur la lecture, sur sa capacité à changer une personne. L’intérêt de ce choix est que les conséquences de cet attrait pour la lecture sont amplifiées. La démonstration de Bennett n’en est que plus compréhensible. Une fois encore, la quatrième de couverture est trompeuse. Elle mentionne une « joyeuse farce », alors qu’il ne s’agit pas dans ce roman de faire rire à gorge déployée. Le propos est davantage ironique, prêtant à sourire certes, mais en poursuivant une discrète argumentation. Voici un roman qui ne peut que plaire aux lecteurs convaincus, et qui est capable d’inciter à lire davantage ceux qui ne seraient pas encore convertis à cette saine activité.

La Reine des lectrices, Alan Bennett, 2007.

Première lecture pour le challenge Petit Bac – catégorie « loisirs »

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