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Elles sont cinq femmes, qui ne se connaissent pas bien mais décident de se réunir chaque mois pour échanger leurs avis sur un livre. A tour de rôle, elles choisissent un ouvrage et reçoivent le groupe. Autour de petits plats, d’un verre de vin, les discussions vont bon train, et elles débordent souvent au-delà des propos littéraires. Le récit lui-même ne se cantonne pas aux réunions du club, mais se concentre surtout sur le quotidien, plus ou moins routinier, de ces femmes. Susan et Polly sont deux femmes d’âge mûr, mères de famille et amies de longue date. Quand l’une est confrontée à la maladie de sa mère, l’autre se voit propulsée dans le rôle de grand-mère alors qu’elle envisageait de se remarier. Harriet et Nicole ont la trentaine, une ribambelle d’enfants en bas âge et partagent la rude condition de mère au foyer. La première s’interroge sur le bien fondé de son mariage et n’a de cesse de vérifier si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. La seconde jette toutes ses forces dans la bataille destinée à garder auprès d’elle un mari cavaleur. Enfin vient Clare, ravagée par son incapacité à mener une grossesse à terme. Pendant douze mois, au gré de leurs lectures comme de leurs discussions, ces femmes se rapprochent, se soutiennent quand les aléas de la vie viennent infléchir le cours de leur destin.

C’est à l’occasion d’une visite dans ma librairie anglophone favorite que j’ai pioché cet ouvrage dont le titre semblait prometteur. Et lorsque le magazine Books lui a consacré un article, il est sorti de ma PAL. Ce roman s’est révélé bien différent de ce que j’attendais. La part réservée aux réunions du club de lecture est finalement bien peu importante. Elle est concentrée au début de chaque chapitre, après une rapide présentation de l’ouvrage du mois. Les lectures des héroïnes sont d’ailleurs très variées, de classiques comme Rebecca à des romans plus récents comme La jeune fille à la perle. Leur assiduité et leur sérieux est tout aussi fluctuant : il est réaliste que tous les livres ne plaisent pas également à ces femmes, dont le temps consacré à la lecture est souvent arraché aux impératifs du quotidien ou des exigences familiales.

Le cœur du roman est constitué par le récit de la vie des héroïnes et de leurs proches. On passe de l’une à l’autre, les points de vue se mêlant régulièrement. On découvre les joies et les peines de personnages nuancés, qui mettent en exergue les préoccupations des femmes contemporaines. L’épouse trompée qui se voile la face, la mère de famille épuisée par les travaux domestiques et les enfants, la fille aimante confrontée à la maladie subite de sa mère, les querelles des couples qui se connaissent trop, les tensions entre sœurs, la peur de s’être trompée en épousant un autre que son amour de jeunesse, tels sont les tourments que traversent les personnages de The Reading Group. Et puis il y a le bonheur de la maternité, l’allégresse des préparatifs de mariage, l’enthousiasme mâtiné de crainte face à un nouvel emploi. Elizabeth Noble offre ainsi un roman sur les femmes d’aujourd’hui, sur leurs intérêts et leurs obsessions, sur leur capacité à faire illusion, à rebondir au prix de concessions parfois douloureuses. Il s’agit ici d’une chick-litt bien éloignée des poncifs habituels, des princes charmants et des cavalcades dans les centres commerciaux. Ce roman n’est pas sans rappeler ceux de Marian Keyes, l’humour décalé en moins. On se laisse emporter à suivre le destin de ces femmes tantôt attachantes, tantôt agaçantes. On apprécie de les voir changer, riposter face aux difficultés qui s’accumulent, et, surtout, trouver dans leurs lectures mensuelles matière à réflexion pour mener leur barque.

The Reading Group, Elizabeth Noble, 2003.

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