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A l’occasion d’une réunion d’anciens élèves, Sayaka Kurahashi reprend contact avec le narrateur (dont le nom reste inconnu du lecteur). Elle souhaite que son ancien petit ami l’aide à résoudre une énigme. Elle a en effet découvert, à la mort de son père, un plan et une clé qui semblent donner accès à une maison dont elle pense qu’elle peut l’éclairer sur l’enfance qu’elle a oubliée. Tous deux prennent donc le chemin du lac de Matsubara. Ils explorent alors une maison à l’abandon, où tout semble comme suspendu dans le temps. Chaque meuble, chaque vêtement, chaque objet deviennent des indices sur la voie de la mémoire perdue de Sayaka, mais aussi des événements tragiques dont la maison a été le drame.

Le grand atout de ce roman est incontestablement son intrigue qui se déploie très lentement, ménageant un suspens crispant pour le lecteur. Point de rebondissements rocambolesques, mais une mise au jour progressive des éléments qui rendent inéluctable la révélation du dénouement. Le lecteur peut ainsi reconstruire, au même rythme que les personnages, les événements qui se sont produits dans la maison. Les découvertes et les déductions mettent de plus en plus mal à l’aise, suggérant très vite que la chute sera brutale.

Les thèmes abordés sont sensibles. Ils amènent non seulement à s’interroger sur les personnages mais aussi sur la société nippone, ses traditions, ses valeurs, qui sont présentées comme autant de pesanteurs. Au cœur de la réflexion se trouvent les questions de l’identité et de la famille, en particulier dans le contexte de l’adoption. La famille, est-ce celle dont on est issu biologiquement ou celle que l’on se choisit, que l’on construit ? Le goût du secret, qui est censé protéger, est tout autant fustigé que les révélations à l’emporte-pièce. Plus qu’un roman policier, c’est à un roman noir que l’on a affaire ici. On ne peut à proprement parler d’enquête, mais plutôt d’une exploration d’un univers noir, où même les bonnes intentions se révèlent douloureuses. Quoique peu optimiste, le récit est extrêmement prenant. Et comme le style est fluide, agréable, ce roman se dévore plus qu’il ne se lit. On attend impatiemment que d’autres ouvrages du même auteur ne soient traduit en français.

Merci Sandrine !

La maison où je suis mort autrefois, Keigo Higashino, 2010.

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