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Dans les premiers jours du mois d’août, l’inspecteur Martin Beck n’aspire qu’à quitter la moiteur de Stockholm pour profiter de quelques jours de vacances en famille sur une île de l’archipel. A peine est-il parti que ses supérieurs le rappellent. Il se voit confier une enquête peu ordinaire : retrouver Alf Matsson, journaliste suédois, qui semble avoir disparu lors d’un reportage à Budapest. En Hongrie, Martin Beck tâtonne, aidé malgré lui par un inspecteur local, Szluka. Il arpente la ville sur les traces de Matsson, contemple le Danube et goûte aux plaisirs des bains d’eau soufrée. De ses pérégrinations de l’autre côté du rideau de fer, il retire une grosse frayeur et quelques indices qui lui permettent, une fois rentré en Suède, de résoudre cette enquête tortueuse.

Voici un roman passionnant à bien des égards. L’intrigue, tout d’abord, est finement construite. Les auteurs prennent leur temps pour mettre en place le contexte, pour donner de la profondeur aux personnages, même les plus secondaires. Point de révélation fracassante, ni de découverte ahurissante, la lumière sur la disparition qui est au cœur de l’enquête se fait peu à peu, au gré des déductions de Martin Beck. Ce personnage central n’a toutefois guère le profil du héros. Il est présenté comme un homme ordinaire, qui sait mettre à profit les qualités de ses adjoints, qui les rudoie quand il le faut et les remercie s’ils le méritent. C’est un homme de devoir, mal à l’aise parfois face aux décisions que les besoins de l’enquête lui font prendre. Sa curiosité et son goût pour la contemplation servent de prétexte aux passionnantes descriptions de Budapest. Car, dans ce roman, le décor a autant d’intérêt que l’intrigue elle-même. Le lecteur se trouve immergé dans une époque singulière, celle des belles années de la guerre froide, dans un monde un peu à part, celui des journalistes. Loin de s’alarmer ou de s’ennuyer quand le mystère s’épaissit, il prend plaisir à l’exploration sociale que lui proposent les auteurs.

Bien avant les succès récents des Stieg Larsson et autres Camilla Läckberg, il existe, avec les œuvres de Sjöwall et Wahlöö, une tradition du roman noir venu du froid, et ce pour le plus grand plaisir des amateurs du genre. On peut d’ores et déjà s’attendre à entendre à nouveau parler ici de Martin Beck.

 L’homme qui partit en fumée, Maj Sjöwall et Per Wahlöö, 1966.

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