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Sur un coup de tête, Ruriko décide de s’éclipser du domicile conjugal. Usée par la mésentente avec son mari adultère et par un quotidien déprimant, elle se réfugie dans le chalet familial délaissé depuis la mort de son père. Loin de tout, elle redécouvre le silence et la paix qu’offrent les bois. Elle se laisse envoûter par les visages changeants de la nature au gré des saisons. Elle prend plaisir à ses travaux de calligraphie. Et elle fait la connaissance de ses voisins, Monsieur Nitta et Kaoru, ainsi que de leur chien aveugle et sourd. Eux aussi vivent comme reclus dans les bois, concentrés sur la tâche peu ordinaire qu’est celle des facteurs de clavecin. Des liens se tissent entre ces personnalités que la vie n’a pas épargnées. Tous trois partagent des moments de bonheur, bercés par la musique ou par le clapotis de l’eau. Ils s’ouvrent les uns aux autres, évoquent leurs douloureux secrets, mais ne parviennent jamais tout à fait à se rapprocher. Ruriko peine à trouver sa place, soucieuse qu’elle est du véritable lien qui unit les deux artisans.  De cette relation fragile, elle tire néanmoins la force de donner à sa vie un sens nouveau.

C’est un enchantement de retrouver la plume de Yogo Ogawa, de se laisser emporter par le rythme lent et quasi hypnotique de son écriture si poétique. L’intrigue dépouillée permet d’apprécier davantage les descriptions des paysages, l’évocation des sentiments. Ce n’est pas tant ce qui arrive aux personnages  que leur exploration qui importe. Il s’agit de les voir se dévoiler peu à peu, se rencontrer, s’effleurer, se chercher, se heurter, pour mieux se comprendre. En dépit des efforts de chacun, la solitude demeure, non comme une douleur, mais plutôt comme une nécessité proprement humaine. Il flotte dans ce roman une mélancolie alanguissante. Une fois tournée la dernière page, ne restent plus qu’une impression d’apaisement et une furieuse envie d’écouter les pièces pour clavecin mentionnées, à commencer par « Les tendres plaintes » de Jean-Philippe Rameau.

Les tendres plaintes, Yoko Ogawa, 1996.

Merci  à Christine pour ce prêt enchanteur.

Et une étape de plus (la 4e) dans le Challenge In the mood for Japan.

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