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A l’aube du XXIIe siècle, Lila est arrachée à sa mère et confiée au Centre, mi service social, mi pensionnat. La petite fille réapprend à parler, à marcher, mais ne supporte ni la présence ni le contact des autres. Elle grandit à l’écart du monde, accompagnée par le docteur Kauffmann, qui lui permet de « développer ses spécificités », puis par Fernand, qui s’attache à lui apprendre la normalité nécessaire à son retour à la vie extérieure. Car Lila souhaite quitter le Centre à sa majorité. Elle s’est fixée une mission : retrouver sa mère quoiqu’il en coûte. Au prix de nombreux efforts, grâce à de surprenantes rencontres – Justinien, jeune magasinier défiguré, les apparitions du défunt docteur Kauffmann, et surtout Milo Templeton, directeur de la Grande Bibliothèque – Lila s’adapte au monde étrange qui l’entoure et reconstruit son passé.

L’univers qui est ici proposé emprunte bien des éléments aux romans d’anticipation – chaos provoqué par des révoltes sociales, contrôle à outrance de la vie des citoyens, via des moyens techniques ultra sophistiqués, interdiction des livres et journaux, remplacés par textes numérisés (pour, officiellement, des raisons sanitaires). Cependant, amenés progressivement et sans explications inutiles, ils contribuent à créer une atmosphère plus qu’un décor. Ils donnent un relief supplémentaire au personnage de Lila.

Le lecteur suit pas à pas l’évolution de cette enfant, devenue jeune fille, puis femme. Ses capacités extraordinaires, mais aussi ses faiblesses et ses excentricités, en font un personnage particulièrement attachant. Chaque étape de ce roman d’apprentissage renforce l’intérêt du lecteur pour Lila. On est curieux de la voir grandir, réagir aux différentes embûches qui émaillent son parcours, s’adapter à un monde qui ne l’intéresse guère, s’entêter dans sa quête, découvrir les multiples facettes de la nature humaine. On se laisse porter par le style aussi fluide que précis, voire érudit, de l’auteur, qui parvient à merveille à émouvoir autant que captiver son lecteur. Un roman qui se dévore, et dont le propos ne manquera pas de titiller les bibliophiles.

 Merci à Clara qui a permis cette lecture en faisant voyager La Ballade de Lila K.

 La Ballade de Lila K, Blandine Le Callet, 2010.

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