Des œuvres de Marie-Aude Murail demeuraient quelques souvenirs d’Emilien et de sa tendre Martine-Marie, héros récurrents aux aventures adolescentes absolument impayables. Pour cette découverte de septembre (merci Pimprenelle! ), il me fallait explorer de nouveaux sentiers dans la bibliographie de la dame. Et Nils Hazard s’est imposé de lui-même.

Cet éminent étruscologue, égyptologue à ses heures perdues, se trouve embarqué dans la résolution d’une énigme au collège Saint-Prix de Queutilly-sous-Doué. Des copies ont été notées avec du sang humain en guise d’encre. Une élève de 6e se plaint, dans une rédaction, de « toujours [s]e faire assassiner ». Le principal semble prêt à craquer, comme le fit avant lui le professeur d’histoire-géographie. Nils Hazard est donc bombardé professeur remplaçant en histoire-géographie, la première des disciplines s’avérant problématique pour lui au-delà de l’Egypte ancienne, et la seconde l' »ennuie avec sa climatologie, son hydrographie, sa géomorphologie et toutes ses maladies assommantes ». Qu’importe, Nils se fait fort de susciter la curiosité des chères petites têtes blondes qui lui sont confiées, comme de charmer ses nouveaux collègues. Entre un assassin déclaré dans les rangs de 6e, une classe de 4e passée maître dans l’art de faire sauter les plombs (au sens propre comme au sens figuré) et des 3e qui se sentent au rancart, qu’il est difficile, même pour un professeur en Sorbonne, secondé efficacement par sa secrétaire, de faire le jour dans les mystères que recèle le collège Saint-Prix.

Ce court roman de littérature jeunesse peut se lire de différentes manières. Le premier niveau de lecture, le plus évident qui charmera sans aucun doute les lecteurs adolescents, est celui de l’enquête diligentée, avec autant de perspicacité que d’humour, par Nils Hazard. Plusieurs mystères s’entremêlent avec intelligence, tenant en haleine le jeune lecteur. Si un adulte peut allègrement se laisser charmer par cette intrigue, il trouvera encore davantage son plaisir dans la galerie de personnages proposée par l’auteur. Qu’il s’agisse des enfants ou des adultes, aucun détail n’est laissé au hasard. Plus que des situations, c’est de ces personnages et de leurs interactions que surgit le comique. La caricature n’est parfois pas très loin, mais sans jamais tourner au ridicule. Le style est vif, le ton léger, sans que soient sacrifiées ni la qualité du français ni la précision du vocabulaire. Voici donc un texte qui réserve un bon moment de lecture aux plus jeunes comme aux adultes.

L’assassin est au collège, Marie-Aude Murail, 1992.

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