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Dans un manoir isolé vit une vieille dame qui chérit une collection hors du commun. Elle s’est astreinte, depuis l’âge de onze ans, à recueillir un objet symbolisant la personnalité de chaque défunt du village. De ces objets hétéroclites, elle souhaite faire un musée, et fait donc appel aux services d’un jeune spécialiste. Surpris de prime abord par la tâche qui lui est proposée, le jeune homme y consacre finalement tout son temps et toute son énergie. Il apprend aussi à connaître les quelques habitants du manoir et découvre les alentours. En dépit d’un attentat et d’assassinats peu opportuns, du caractère peu amène de son employeur, le muséographe n’a de cesse d’atteindre l’objectif que la vieille dame lui a fixé.

Ce qui frappe dans ce roman, c’est l’absence de cadre géographique ou chronologique précis. Aucun nom propre n’apparaît, ni pour les lieux, ni pour les personnages. Au cœur de cet anonymat, la minutie des descriptions, tant des objets destinés au musée que des paysages voisins du manoir, est encore plus savoureuse. Le temps est mesuré à l’aune des évolutions saisonnières de la nature, de l’avancée des travaux du musée. De la même manière que le lecteur se laisse emporter par l’intrigue et par la plume si douce, le personnage principal perd ses repères dans le tourbillon des préparatifs. Quand le récit bascule à la limite du fantastique, on en est à peine surpris. En filigrane se construit une réflexion sur le temps qui passe, sur la mémoire et les formes qu’elle peut revêtir, sur l’intérêt des musées, sur la vieillesse. Cette lecture laisse un goût de mélancolie, et une envie de se perdre davantage dans la bibliographie de Yoko Ogawa.

 Quelle bonne idée de découverte, Pimprenelle !

Le Musée du Silence, Yoko Ogawa, 2000.

Un pas de plus pour le Challenge In the Mood for Japan.

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