En vietnamien, « ru » signifie berceuse, bercer. Ce sont ici les récits d’une femme, née au cœur de la guerre du Vietnam, dans une famille aisée, et exilée au Canada, qui berce ici le lecteur. Pas d’histoire à proprement parler, mais une succession de textes de longueur variable – de quelques lignes à deux pages. L’héroïne ne s’embarrasse guère de la chronologie, mais livre ses souvenirs comme ils lui viennent, glissant de l’un à l’autre par association d’idées. De son enfance à sa vie de mère, elle offre, comme des instantanés, les moments les plus précieux de son existence. Chaque texte propose comme la photographie d’un instant, où, en peu de mots, est dit l’essentiel.

On découvre ainsi, dans le désordre, l’enfance dorée à Saigon, les équivoques des lendemains de victoire communiste (avec des soldats du Nord confondant soutiens-gorge et filtres à café), la fuite inconfortable à fond de cale, le camp de réfugiés (ses vers et ses latrines), puis l’arrivée au Canada où la bienveillance des indigènes n’a d’égal que la reconnaissance perplexe des exilés, mais aussi le retour au pays bien plus tard. Souvent le souvenir s’attache à un objet, à un son  ou à une odeur. La plume est plaisante, revêtant d’une touche poétique la banalité du quotidien. On se laisse porter. L’humour est également présent, qui rend compte du recul acquis progressivement. Une belle lecture. On en espère d’autres.

Ru fait l’objet d’une lecture commune avec Jules, ValKikine et Kathel.

Ru, Kim Thuy, 2009.

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