Trois crimes commis à trois époques différentes, entre 1970 et 1994. Ils n’ont a priori aucun lien, mais échouent en même temps sur les bras de Jackson Brodie, détective privé de son état. L’enquêteur s’efforce de faire la lumière sur l’enlèvement d’Olivia, charmante fillette de trois ans, disparue par une chaude nuit d’été de 1970 en même temps que sa souris bleue. Il se lance à la recherche du meurtrier d’une jeune femme pour aider un père à faire son deuil après dix années de chagrin. Il cherche à retrouver une femme accusée du meurtre de son mari, et retournée à l’anonymat une fois sa peine purgée. Pour compliquer un peu ses affaires, l’ex-femme de Jackson lui réserve une triste surprise, au moment où il parvient à ébaucher une complicité ave sa fille. Et puis – cerise sur le gâteau – voici que Jackson est pris pour cible par un piètre tueur.

L’intrigue de La souris bleue peut paraître alambiquée ou farfelue au premier abord, mais elle se tient parfaitement pour le plus grand plaisir du lecteur. On se laisse embarquer dans les virées de Jackson à travers Cambridge, autant que dans les retours en arrière qui rappellent les faits de chacun des crimes. L’enquête est finalement un prétexte pour mettre au jour les travers de tous les milieux sociaux, de la gentry compassée aux gueux modernes. La plume acérée de Kate Atkinson n’épargne rien ni personne. La suffisance des hobereaux du Yorkshire, la folie douce des vieilles filles, les bassesses du divorce, la reconversion d’une jeune épouse de professeur dans les menées de la mafia russe, l’auteur ose tout, avec force ironie et humour grinçant. Les personnages se pressent nombreux dans cette galerie de portraits, des plus ridicules et pathétiques aux plus loufoques ou aux plus poignants. On rit beaucoup à la lecture de ce roman, sans que cela n’empêche de se sentir ému aux larmes à certains moments. C’est un admirable tour de force que d’avoir réussi pareil roman, où tous les éléments ne tiennent miraculeusement ensemble que par le talent de l’auteur.

La Souris bleue, Kate Atkinson, 2004.

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