Octobre 2005. Rena Greenblatt, la quarantaine dynamique, mère de deux fils adultes, amoureuse pour la quatrième fois, se rend à Florence. Son père et sa belle-mère l’y attendent pour profiter ensemble du séjour qu’elle leur offre à l’occasion des soixante-dix ans de son père. Mais les merveilles toscanes n’opèrent pas cette fois. Simon et Ingrid peinent à suivre les visites, à sortir des préoccupations du quotidien. Rena se réfugie alors en son for intérieur, pour partager avec Subra, son « amie spéciale », ses souvenirs, ses attentes, ses déceptions. La semaine s’écoule lentement, avec son lot de surprises, loin de l’agitation parisienne, pour s’achever dans une frénésie inattendue.

Infrarouge est un roman construit en couches successives, qui laissent paraître chacune une vision différente de la vie de Rena, décomposée comme peut l’être la lumière. Il expose sa vie présente, de photographe, mi artiste mi reporter, aux côtés d’Aziz son dernier amant, celui avec lequel elle espère construire un futur. Il raconte son séjour florentin, plombé par des parents vieillissants. Il revient sur sa jeunesse canadienne, au cœur d’une famille mal assortie, sur son passé européen de jeune mère. Il évoque des ailleurs lointains, découverts au gré des reportages. Une constante, cependant, dans tous ces récits, la place que les hommes et la sexualité y occupent. Dans ses dialogues avec Subra, Rena n’épargne rien des détails, souvent crus et fort précis, de sa vie intime. Et, sans jouer les prudes effarouchées, il m’a semblé que cette avalanche de descriptions sans équivoque tranchait par trop avec le reste du récit, tant sur la forme que sur le fond. On se lasse des scènes de coït à répétition. On goûte avec d’autant plus de plaisir le reste du texte, le regard porté par l’héroïne sur les chefs-d’œuvre qu’elle croise, ses réflexions sur la famille, sur la vieillesse, sur la féminité, ses railleries sur les touristes (« Ils sont bêtes, les touristes. En devenant touriste, on devient bête. »). A mesure que s’approche la fin du séjour, les événements se précipitent, si rapidement et en tel nombre qu’arrivé au dénouement, on se dit que, là encore, c’est trop. Et on reste sur sa faim en refermant le roman, peiné pour Rena certes, mais un peu ébahi après le déferlement de rebondissements qui servent de conclusion. Le style de Nancy Huston pouvant se révéler très touchant par moment, je ne m’en tiendrai pas à cette expérience mitigée et espère profiter davantage des qualités de l’auteur dans des œuvres antérieures.

Infrarouge, Nancy Huston, 2010.

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