« A un cours de première année, Mattia avait appris que certains nombres premiers ont quelque chose de particulier. Les mathématiciens les appellent premiers jumeaux: ce sont des couples de nombres premiers voisins, ou plutôt presque voisins, car il y a toujours entre eux un nombre pair qui les empêche de se toucher vraiment. (…)

Mattia pensait qu’Alice et lui étaient deux nombres premiers jumeaux, isolés et perdus, proches mais pas asse pour se frôler vraiment. »

Les chemins de Mattia et Alice se croisent à l’adolescence. Ils deviennent amis, faute de pouvoir se rapprocher davantage. Ces deux blessés de la vie – elle a hérité une jambe raide d’un accident de ski et il se punit de la perte d’une sœur jumelle – semblent unis par un lien invisible mais solide, de ceux qui perdurent au-delà des années, des kilomètres et des choix. Le récit les suit, en pointillés, de 1983 à 2007, pour aboutir au dénouement de cette relation si unique.

Les deux personnages principaux pris séparément sont touchants, empruntés qu’ils sont dans un monde qui ne paraît pas taillé pour eux. Mais dès que leurs destins se rejoignent, ils semblent revêtir une grâce supplémentaire. Ils souffrent ensemble sans parvenir à se réconforter. Ils vivent leurs joies côte à côté sans jamais les partager vraiment. Leurs décisions les rapprochent ou les éloignent, tandis que leurs familles et leurs proches assistent, impuissants, à cette étrange parade. La délicatesse douloureuse du roman est servie par une plume en apparence désinvolte, mais qui sait admirablement souligner le fatalisme, voire le tragique, du récit. Paolo Giordano livre ici un premier roman d’une beauté irréelle qui bouleverse le lecteur.

La solitude des nombres premiers, Paolo Giordano, 2008.

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