Cela faisait bien longtemps que, ici et là, des billets laudateurs sur les œuvres du « maître de la déduction littéraire » avaient retenu mon attention. Il était donc temps de se frotter à cet auteur.

Dans L’hôtel hanté, il est question de fiançailles brisées par l’irruption, dans la vie bien réglée d’un Lord anglais, d’une veuve à la réputation sulfureuse. La pauvre Agnès Lockwood, abandonnée et humiliée, n’aspire qu’à tourner la page, mais ses liens avec la famille de son ancien promis et la mort de celui-ci au cours de son voyage de noces vénitien la précipitent dans l’enquête sur ce décès fort suspect. Quid de l’hôtel hanté ? eh bien, c’est dans ce palais de la Sérénissime, transformé en hôtel, que se tient le dénouement du mystère.

Malgré un contenu en apparence alléchant, ce roman est finalement une déception. L’intrigue est longue à se mettre en place, avec l’intervention de nombreux personnages secondaires pour parvenir à amorcer le mystère. Et quand enfin on entre au cœur de l’enquête, on n’y croit guère. La peinture de la société victorienne et les déductions font pâle figure au regard de celles que propose, à la même époque, un Conan Doyle. Le recours à des éléments vaguement fantastiques manque aussi sérieusement de tenue face à la concurrence des œuvres d’un Edgar Poe. Qu’il est difficile de se laisser entraîner dans une histoire où le point de vue du narrateur n’est jamais fixé, où le personnage qui prend en charge la résolution du mystère change sans cesse, où les rebondissement sont plus abracadabrantesques les uns que les autres et où, pour finir, la traduction française laisse sérieusement à désirer. Même les descriptions de Venise (ville dont je suis profondément amoureuse, comme l’ont montré certains billets antérieurs) sont d’une fadeur incroyable. Je cherche encore la « finesse des portraits psychologiques » et les « intrigues d’une grande complexité » promises par la quatrième de couverture. En guise de consolation, il faudra bien quelques lectures holmésiennes.

L’hôtel hanté, Wilkie Collins, 1878.

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