Une incursion dans la littérature coréenne contemporaine, grâce au partenariat proposé par Blog-o-Book et les éditions Philippe Rey, que je remercie pour cette découverte.

Jung Jiwon a deux passions : l’art culinaire et son compagnon, avec lequel elle a créé une école de cuisine. Quittée par cet homme pour une ancienne de ses élèves, elle se laisse sombrer. Ne lui permettent de tenir que la cuisine et un espoir aux accents vengeurs. Elle se jette corps et âme dans le travail, et réintègre son emploi de chef dans un restaurant italien. Mais dès qu’elle croit sortir la tête de l’eau, un nouveau coup du sort la fait replonger. Progressivement se dessine, dans son cerveau embrumé, un projet machiavélique auquel elle s’accroche comme à une bouée.

L’originalité de ce roman tient sans conteste à l’association constante des plaisirs de la table et de ceux de la chair. Chaque référence culinaire a sa contrepartie sensuelle. Ce choix ne manque ni de fondement ni d’intérêt, mais il fait long feu et ne peut compenser la faiblesse de l’intrigue. Les descriptions gustativo-voluptueuses étonnent et charment dans les premiers chapitres, mais finissent par lasser. L’héroïne, à laquelle on donne volontiers toute sa sympathie au commencement de l’histoire, manque de finalement de relief. On ressent davantage de sollicitude envers Pauli, le chien délaissé par son maître pour une femme, que pour une cuisinière qui ressasse sans fin les mêmes idées. Quant au projet vengeur qui marque le dénouement de l’intrigue, son évocation est bien pâle en comparaison de ce qu’il est réellement, comme si l’auteur s’était retenue de peur de choquer. On échangerait volontiers un brin d’audace supplémentaire contre la disparition d’un étalage d’érudition en matière d’histoire culinaire.

Si l’idée de départ de ce roman est alléchante, si certains passages marient avec talent amour et gourmandise, le lecteur reste sur sa faim. Cet ouvrage est à déconseiller à ceux pour lesquels une intrigue haletante est indispensable, mais à faire découvrir aux as des fourneaux.

Mise en bouche, Kyung-Ran Jo, 2007.

Publicités