Après avoir été une enfant martyre chérie par l’Amérique, Libby Day se retrouve à la trentaine sans argent devant elle. C’est que le fonds alimenté par les dons versés depuis son enfance, et surtout depuis le massacre de sa famille, s’est tari. Elle doit désormais se confronter aux réalités de l’existence, et trouver de quoi subsister. Cherchant par tous les moyens à éviter un travail routinier, elle s’adresse au Kill Club : elle accepte de témoigner devant une foule de passionnés de crimes, au titre de seule survivante de la folie meurtrière qui a coûté la vie à sa mère et à ses sœurs, qui a conduit son frère Ben en prison. Mais loin d’être adulée comme elle s’y attendait, Libby essuie une pluie de reproches car elle a contribué à la condamnation de Ben. Attirée par l’appât du gain, mais aussi tourmentée par les révélations que lui ont faites les membres du Kill Club, elle décide de se replonger dans la « Zonedombre » qu’est devenue la journée où sont morts ses proches. Soutenue par Lyle Wirth, elle part à la rencontre des protagonistes de cette journée fatale, renoue avec son père et découvre qui est véritablement son frère.

Si l’intrigue en elle-même tient en haleine, le procédé choisi par Gyllian Flynn pour construire son histoire ménage un suspense supplémentaire. Elle propose en effet une alternance entre les péripéties contemporaines de Libby et le récit de la journée des meurtres du point de vue de la mère, Patty, ou de Ben. Les pièces du puzzle se mettent progressivement en place. Le lecteur a l’impression d’avancer de concert avec Libby dans ses découvertes. Il voit peu à peu se dessiner la vérité, bien plus complexe qu’elle ne le paraissait.

Les personnages peuvent de prime abord paraître antipathiques, en particulier Libby malgré son statut de victime. Le contexte de l’action – une petite ville du cœur rural des Etats-Unis, rongée par la misère et l’ennui – est déprimant au possible. Cela peut expliquer que j’ai peiné à entrer dans le roman. Cependant, une fois dépassées les cent premières pages, l’intrigue devient plus prenante et il est difficile de  laisser le roman de côté pour retourner aux exigences du quotidien. Pour le bien, il aurait fallu disposer d’assez de temps pour dévorer d’un bout à l’autre sans souffler cette histoire où le macabre voisine souvent avec l’absurde.

Les lieux sombres, Gyllian Flynn, 2009.

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