Arnold Spitzweg est un spectateur du quotidien. Il aime s’asseoir et observer ce qui l’entoure, les lieux, les objets et les personnes. Il ne sait donc pas ce qu’est l’ennui. Déambuler dans les rues et les parcs parisiens, s’installer à la terrasse d’un café et regarder, voilà ce qui lui plaît. Il n’est pas un instant sans qu’une personne un tant soit peu singulière ne s’immisce dans le champ de vision, qu’il s’agisse d’une cycliste qui joue la sportive ou de lycéens en route pour leurs épreuves de baccalauréat. Et puis il crée un blog, où il fait l’éloge de la lenteur et de la paresse, de l’inaction contemplative. http://www.antiaction.com rencontre un succès inattendu, auprès des anonymes qui n’hésitent pas à soutenir sa démarche, mais aussi des médias qui vantent son discours à contre-courant et lui ouvrent les portes de l’édition. Cette subite notoriété ne manque pas de chambouler un tant soit peu l’existence bien réglée d’Arnold Spitzweg, lui permettant notamment de retrouver un amour de jeunesse.

La quatrième de couverture présente le blog du héros comme étant le centre de l’intrigue, ce qui lui confère son élan. Pourtant ce n’est qu’un prétexte pour l’auteur à décrire à l’infini les paysages parisiens, les habitudes des citadins, les petites manies de ce solitaire qu’est Arnold Spitzweg. L’essentiel du roman tient dans les ballades parisiennes du héros, qui conduisent le lecteur des bords de Seine où l’on redécouvre les joies du pique-nique aux rives du canal Saint-Martin, en passant par le jardin du Luxembourg ou le Marais. C’est un hommage à la vie parisienne, à ses petits plaisirs. Même sans son blog, Arnold Spitzweg est un personnage qui retient l’intérêt. Sa vision de la vie et le regard distancié qu’il porte sur ses contemporains laissent songeur. Il ne ressemble guère au Bartleby de Melville, dont l’attitude passive et négative est agaçante. Il est plutôt une sorte de Sénèque moderne, encourageant ses semblables à prendre le temps de vivre l’instant présent. Point de philosophie dans ce texte néanmoins, mais une réflexion sur la société contemporaine, sur la condition humaine, en des termes parfois un peu surannés qui contribuent à rendre la lecture jubilatoire.

Quelque chose en lui de Bartleby, Philippe Delerm, 2009.

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