Une plongée dans l’Amérique sudiste, au cœur de la Grande Dépression. Maycomb est petite ville d’Alabama où les préjugés, entre autres racistes, ont la vie dure. C’est dans ce petit monde replié sur lui-même, où tout le monde se connaît, que vit Scout Finch, entourée de son frère aîné, Jem, et de son père, Atticus, sans oublier la cuisinière Calpurnia et toutes les bonnes âmes du quartier. Le quotidien de son enfance se partage entre l’école, où elle ne trouve guère sa place, les jeux avec son frère et les discussions avec des adultes parfois décontenancés par ses questions. Atticus est un père libéral, qui laisse sa progéniture vivre ses expériences sans trop de contraintes (Scout peur vagabonder en salopette, ce qui horrifie ses voisines), mais qui s’efforce aussi de leur inculquer une certaine ouverture d’esprit. L’obsession de Scout est de rencontrer son voisin reclus depuis de nombreuses années, Boo Radley. Mais l’équilibre de la famille est bouleversé quand Atticus est commis d’office pour défendre un jeune homme noir, accusé de viol sur une jeune fille blanche. Les esprits s’échauffent dans la petite ville. Cette affaire, qu’Atticus prend à bras le corps, propulse la jeune Scout et son frère dans le monde des adultes, où il est parfois bien risqué d’évoluer.

Publié en 1960, au cœur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis, ce roman a remporté un immense succès, sans toutefois rencontrer immédiatement son public en France. Et c’est fort dommage. Harper Lee propose ici un tableau de la société d’une petite ville du Sud, mais au travers des yeux d’enfant. L’ingénuité du personnage principal rend plus palpables les singularités des rapports sociaux. Elle pose les questions qui dérangent, met l’accent sur les incongruités des conventions sociales et souligne leur aspect factice, parfois ridicule. Une grande partie de l’intrigue est construite sur l’affaire juridique qui occupe le père de Scout, et cela donne un élan dramatique au propos. Toutefois, le cœur de l’œuvre reste le parcours initiatique de Scout qui, sortant un peu brutalement de l’enfance, s’ouvre au monde qui l’entoure, sans bien le comprendre. On s’interroge sur la place des femmes dans la société des années 1930, sur celle des minorités, mais aussi sur la réalité historique (Hitler, en particulier, en prend pour son grade). Et souvent les questions restent en suspens, car l’auteur ne livre pas toutes les réponses (pourquoi Boo Radley ne sort-il pas de chez lui ? qu’est devenue la mère de Scout ?…). L’ensemble est fabuleusement servi par une écriture qui prend son temps, au rythme de la vie sudiste. On s’immerge dans cette lecture et on en redemanderait volontiers quand le roman s’achève.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur a fait l’objet d’une lecture commune avec certains membres de Livraddict, et marque aussi une nouvelle étape – la quatrième – dans l’avancée du challenge Livraddict.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Harper Lee, 1960.

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