Des enlèvements, des poupées vaudous, des odeurs de fumée et des lettres de menaces. L’heure est grave au Marché Saint Pierre. Et c’est justement le moment que choisit Rebecca Levasseur pour s’extirper de son bureau de sociologue et compléter sur le terrain une enquête sur l’industrie de la confection. Elle se mêle allègrement au petit monde de la place Saint Pierre (des commerçants inquiets de l’image de leur quartier, des employés atypiques – un ex-taulard, un paranoïaque, un joueur de poker invétéré) et ne peut s’empêcher de jouer les enquêteurs, estimant que la police ne sait pas s’y prendre.

En choisissant comme cadre de son action le temple parisien du tissu, le vénérable Marché Saint Pierre, Lalie Walker s’est attirée les foudres des véritables propriétaires (un procès est d’ailleurs en cours). Après avoir lu ce roman, on peut s’en étonner car il n’en donne pas une image particulièrement négative. Au contraire pointe une certaine nostalgie dans le tableau qui est dressé de ce lieu quasi miraculeux, où la couturière ne peut que trouver son bonheur. On regretterait presque que les descriptions ne soient pas plus développées, et qu’elles ne débordent davantage sur le quartier, avec la présence des artistes par exemple, pour donner pleine mesure au choix de faire de cet échantillon de Paris un élément clé de l’intrigue.

La couverture du roman est très séduisante, mais trompeuse : point de cadavre au milieu des coupons de tissu, et pas plus de magnifiques escarpins rouges. C’est dommage. A la place, une conspiration vengeresse où les événements s’enchaînent de manière parfois confuse, une multitude de points de vue, qui ne donnent guère de relief à l’intrigue. Le dénouement est précipité après une montée du suspense un peu lente. Les personnages sont trop nombreux pour qu’on s’y attache vraiment, pour qu’on frémisse de peur avec eux. Ils sont tantôt désignés par leur prénom, tantôt par leur nom – le plus souvent, ce qui les rend plus impersonnels. L’héroïne enquêtrice est néanmoins un personnage intéressant, dans ses paradoxes (sociologue jusqu’u bout des ongles, mais détestant chiffres et « camemberts ») et sa franchise brut de décoffrage. Elle mériterait d’être davantage mise en avant. A l’inverse, les états d’âme de l’inspecteur Thomas Klein ne sont pas passionnants, non plus que les atermoiements de Léon Witz à la recherche du psy miracle.

Je ne sais pas si j’attendais trop de ce roman, à la couverture alléchante, mais, sans être absolument déçue, il m’a laissée sur ma faim. Contrairement aux craintes des propriétaires du Marché Saint Pierre, cette lecture n’a pas eu d’effet négatif sur ma perception des lieux et m’a plutôt donné envie de retourner en pèlerinage au paradis du tissu.

D’autres blogueurs se penchent sur Aux malheurs des dames, dans le cadre d’une lecture commune organisée par Gio.

Aux malheurs des dames, Lalie Walker, 2009.

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