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Les retrouvailles avec l’inspecteur principal Chen Cao sont toujours fort agréables. Pour ce nouvel opus, changement de décor : Chen est en vacances sur les rives du lac Tai, grâce aux bons offices du secrétaire Zhao. Une semaine de répit dans le Centre de détente pour cadres, à Wuxi, lieu de villégiature à une heure de Shanghai. Un cadre idyllique, chanté par les poètes d’antan, si ce n’était la pollution industrielle qui, progressivement, ruine la pureté des eaux. Et lorsque le directeur de la principale usine chimique de la région est assassiné, les regards se tournent vers les (trop) ardents défenseurs de l’environnement. L’inspecteur Chen ne peut s’empêcher de se jeter dans l’enquête.

Qu’il est facile de renouer, de roman en roman, avec l’univers de Qiu Xiaolong. Une nouvelle fois sont réunis tous les ingrédients qui rendent ses œuvres si passionnantes. L’intrigue est savamment échafaudée, suivant le cheminement tranquille, souvent sinueux, des réflexions de l’inspecteur Chen. Pas de précipitation, pas de violence inutile. Un rythme apaisant qui ménage la place nécessaire aux rêveries poétiques – un policier citant les poètes chinois à longueur de conversation, voilà qui est appréciable – comme aux très attendues descriptions des paysages et de la gastronomie chinoise. Les romans de Qiu Xiaolong ne se limitent pas à une enquête. Ils proposent un regard quasi ethnographique sur la Chine d’aujourd’hui, qui change au gré des réformes économiques, mais qui jamais n’oublie les traditions. Le ton est souvent nostalgique, sans pour autant tomber dans le passéisme. Les personnages, et en particulier l’inspecteur Chen, cherchent en permanence à concilier tradition et modernité. Ils utilisent téléphones portables et ordinateurs, mais continuent de se soigner selon les vertus de la médecine traditionnelle. Et Qiu Xiaolong s’intéresse ici plus précisément à un des principaux enjeux de la Chine contemporaine, à savoir la préservation de l’environnement dans un pays où triomphe le développement économique à tout prix. Il parvient, dans un style limpide, souvent poétique, à susciter la curiosité du lecteur, à lui faire aimer une Chine dont pourtant il ne manque pas de souligner les très nombreux défauts.

Une lecture savoureuse, qui se déguste avec un bon thé, si possible le « puits du dragon » (ou thé « avant la pluie ») qui coule à flot dans toutes les aventures de l’inspecteur principal Chen Cao.

Les courants fourbes du lac Tai, Qiu Xiaolong, 2010.

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