La vie n’a pas fait de cadeaux à Cassandra Devine. Promise à une brillante carrière universitaire, elle ne peut finalement entrer à Yale car son cher papa a dilapidé les économies destinées aux frais d’inscription. Ses aventures dans l’armée s’achèvent par une excursion dans un champ de mines, en compagnie d’un sénateur entreprenant. Elle finit par se reconvertir dans la communication, grâce aux relations dudit sénateur, et se défoule nuitamment sur la blogosphère. Son cheval de bataille ? le passage à la retraite des baby boomers, qui menace de ruine le gouvernement américain, de même que les trentenaires à qui l’on demande de financer golfs et martinis des jeunes retraités. Ses cybertribunes mettent le feu aux poudres. La voici propulsée sur le devant de la scène, défendant, au cœur d’une campagne présidentielle, son projet de « transitionnement volontaire », ou plus simplement de suicide choisi par les baby boomers en échange de quelques avantages, entre autres financiers.

Christopher Buckley livre ici une satire drôlissime de la société américaine. On pleure de rire à la lecture de ce roman sans concession, où les dessous de la vie politique, ainsi que les travers des hommes et des femmes en vue, sont vertement raillés, sans tomber dans la caricature. Les dialogues s’apparentent à des joutes verbales aux répliques acérées, où l’ironie se taille une place de choix. Dans ce déferlement de bons mots, l’érudition tient son rang. Les références à l’histoire des Etats-Unis, et surtout à leur histoire politique et à leurs grands hommes, sont légions. Employées fort à propos, elles ne gênent en rien le lecteur francophone, aidé par une traduction ne ménageant pas les notes infrapaginales, pertinentes et suffisamment courtes pour ne pas rompre le rythme de la lecture. La galerie de personnages secondaires est haute en couleurs. On y trouve un Président américain au langage peu châtié, des hommes de religion prêts à verser dans le machiavélisme pour servir la parole divine, des vieux jeunes perchés sur des segways, un chef d’entreprise parfait dans le rôle du nouveau riche, sans oublier les mafieux russes au sabir inénarrable.

Départs anticipés est un livre à prescrire d’urgence pour lutter contre la morosité et la déprime. Je remercie vivement Livraddict et les Editions Points qui, grâce à un partenariat, m’ont permis de passer un formidable moment.

Départs anticipés, Christopher Buckley, 2007.

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