Ce sont les espions, plus que l’espionnage, qui sont au cœur de ce roman. Pas de véritable mission à la James Bond, mais une présentation du monde de l’espionnage, des relations entre les agents. Il s’agit de proposer, sur cette toile de fond, la biographie d’un héros récurrent de Charles McCarry, l’espion Paul Christopher. L’intrigue s’organise autour de la vie de ce personnage, débutant avec la rencontre de ses parents, dans un Berlin ravagé par la Grande Guerre, en proie à l’hyper-inflation, et s’achevant alors que Paul est entré dans la cinquantaine. Pas d’agence officielle non plus, mais une organisation occulte, l’Outfit, qui travaille de concert avec les services secrets américains comme britanniques. Habilement enchâssée dans le récit des aventures de Paul Christopher se trouve une histoire de vengeance, qui, une fois dévoilée, éclaire d’un jour nouveau l’ensemble du roman.

Le Convive du dernier soir est une de ces œuvres qui se révèlent plus complexes qu’elles ne l’auraient paru à la lecture de la quatrième de couverture. Le contexte historique est particulièrement important pour saisir les positions prises par les personnages. Il n’est cependant guère explicité, ce qui peut être gênant pour un béotien. Férue d’histoire, j’ai apprécié de trouver des atmosphères liées à certaines périodes – la montée du nazisme, la Guerre froide et ses suspicions quasi paranoïaques, entre autres – plus que des tableaux grossiers comme c’est souvent le cas. L’emprisonnement de Paul Christopher dans une prison chinoise, ses conditions de détention, le rôle de la psychologie dans les interrogatoires sont particulièrement bien rendus. Les personnages secondaires, qu’il s’agisse des collègues espions comme des proches du héros, sont travaillés avec soin et jouent un rôle essentiel dans une intrigue où le protagoniste principal s’efface parfois devant eux.

Ce fut donc une lecture sympathique, mais que je ne saurais conseiller pour découvrir cet auteur. Il serait en effet préférable de faire connaissance avec Paul Christopher dans les romans où il est au cœur d’une mission. Le Convive du dernier soir s’adresse plutôt aux lecteurs qui souhaitent en savoir plus sur ce personnage, ou à ceux qui aiment qu’une lecture les immerge dans une atmosphère et pour qui une intrigue palpitante n’est pas la seule garantie d’un roman réussi.

Je remercie Blog-o-Book et les éditions du Livre de Poche qui ont permis cette rencontre avec Charles McCarry. Il est fort probable que je ne mette à profit le catalogue du Livre de Poche pour suivre plus avant les aventures de Paul Christopher.

Le Convive du dernier soir, Charles McCarry, 1983.

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