Ce roman offre une tranche de vie, celle d’un homme malmené par la quarantaine, Antoine Rey. Sa femme l’a quitté pour Olivier, de dix ans son cadet. Ses adolescents d’enfants lui en font voir des vertes et des pas mûres. Il doute de tout. De son métier d’architecte qui lui apporte plus de soucis que de plaisir. Du sens de sa vie. Pour rompre cette monotonie, il décide d’organiser, pour l’anniversaire de sa sœur, un séjour sur l’île de Noirmoutier. Ces quelques jours lui permettent de renouer avec des souvenirs d’enfance, en particulier avec ceux de sa mère, décédée alors qu’il n’avait qu’une dizaine d’années. Et c’est là qu’apparaît le fil conducteur du roman.

Plus que les péripéties de la vie du quarantenaire divorcé – un accident, une ribambelle de décès, une rencontre avec une séduisante embaumeuse, le plus important dans cet ouvrage, c’est la quête d’Antoine Rey pour saisir qui était vraiment sa mère. Le lecteur est curieux de voir où mène cette recherche du passé, mais prend aussi plaisir à voir le héros mettre au jour les minables habitudes des familles bourgeoises. L’auteur dénonce ainsi l’obsession de l’image présentée aux voisins, aux amis, et tous les petits secrets nécessaires à l’entretien de cette image. Elle donne à voir l’hypocrisie d’un monde où l’on ne se parle jamais vraiment. Elle renvoie dos à dos une éducation trop guindée qui asphyxie et une éducation trop permissive qui oublie de donner des cadres. En réveillant le passé, Antoine Rey révèle l’incompréhension qui s’insinue entre les différentes générations d’une même famille.

D’un ton bon enfant, Tatiana de Rosnay dissèque ainsi ce petit morceau de société qu’est la famille Rey. D’une écriture fluide et neutre, elle dévide une intrigue finalement peu passionnante. Car ce n’est pas réellement dans l’histoire que le lecteur trouve son compte, mais plutôt dans la peinture qui est faite de la société, celle d’hier qui étouffe sous le poids des conventions, celle d’aujourd’hui qui se croit à tort libérée. De Boomerang, je ne garderai sans doute pas un souvenir impérissable, mais au moins celui d’un moment de lecture agréable.

Boomerang, Tatiana de Rosnay, 2009.

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