Les romanciers choisissent d’ordinaire le point de vue de l’espion, celui qui s’infiltre pour mener à bien une mission. Stella Rimington propose, dans L’Invisible, de prendre le contre-pied de cette vision des choses. Son héroïne, Liz Carlyle, est membre du MI5 et, ce faisant, est amenée à traquer les espions précités sur le territoire britannique. Dans l’intrigue qui nous occupe, elle se trouve aux prises avec un « invisible », à savoir un terroriste qui joue sur sa capacité à s’intégrer à la société dans laquelle il vient semer l’horreur. D’aucuns utiliseraient le terme de « traître à la patrie », puisque l’invisible a la nationalité du pays visé. L’enquête se déroule sur fond de menace islamiste et de concurrence entre les différents services de renseignement britanniques.

Quoique bien menée dans l’ensemble, cette intrigue manque d’un je-ne-sais-quoi qui la rendrait plus palpitante. Stella Rimington fait preuve d’un souci du détail louable. Elle s’efforce de donner de la profondeur à ses personnages principaux, en particulier à l’héroïne et à son alter ego terroriste. La peinture qu’elle fait des petites villes du littoral britannique, comme de ses habitants, est criante de vérité. La construction de l’histoire semble avoir été méticuleusement pensée, et d’ailleurs le lecteur ne s’y trompe pas et se laisse porter jusqu’au dénouement, toutefois assez prévisible. Il s’agit donc d’un roman agréable à lire. Mais il manque la petite étincelle qui tiendrait véritablement en haleine, qui rendrait le suspense insoutenable.

L’expérience personnelle de l’auteur – qui fut directeur du MI5 – est à double tranchant. Il est plaisant de voir qu’elle maîtrise son sujet et que sa description du travail d’agent est réaliste. Cependant on a parfois l’impression qu’elle a tellement voulu rendre hommage à tous les rouages des services de renseignement qu’elle développe un tantinet trop son propos. Même si, par exemple, le personnage est intéressant, dans le sens où il symbolise une part méconnue de la population britannique, l’indic appelé Marzipan est finalement gênant pour la fin de l’intrigue et disparaît totalement dans le dernier tiers du roman. L’introduction du jeune étudiant en vacances chez sa mère semble trop précoce. Cette mention paraît être un appel du pied fait au lecteur, comme une balise lui permettant de se faire une idée de la suite de l’histoire.

Au sortir de cette lecture, je suis curieuse de voir ce que Stella Rimington pourra proposer à l’avenir, comment son style et son travail sur les intrigues peut évoluer.

Je remercie Livraddict et les éditions du Livre de Poche, grâce auxquels j’ai pu découvrir cet ouvrage.

L’Invisible, Stella Rimington, 2008.

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